Les Tribulations de la religion païenne
Lorsque les Edits de 313* et 380** déclarent officielle la religion chrétienne, dans les villes … mais dans les villes seulement … les statues des divinités sont détruites sinon reléguées à l’arrière-plan. Par contre, dans les campagnes on reste très attaché aux croyances traditionnelles anciennes. Les paysans honorent toujours leurs divinités et la religion polythéiste perdure longtemps. Elle est alors qualifiée de religion païenne c’est-à-dire paysanne. De pagus signifiant campagne.
Malgré l’emprise de la toute nouvelle religion monothéiste, la mémoire polythéiste et mythologique sous-jacente demeure. Elle demeure enfouie pendant des siècles. Il n’est pas étonnant que le folklore (« les savoirs du peuple ») la véhicule par le bouche à oreille et s’exprime dans les écrits des premiers lettrés et des moines sous forme de moniages et de légendes. Et de contes aux veillées devant le feu !
Le Moniage Guillaume du 12è s met en scène le mythe d’Isoré, Géant de la Tombe Issoire (15è arr. de Paris). Il rattache la croyance en un géant dévoreur-initiateur du sud de la capitale à un fait historique, à savoir la mort de Roland à Roncevaux (778). On y lit donc ceci.
Un Roi sarrasin géant, dénommé Isoré, attaque Paris avec son armée pour venger son cousin mort au combat en Sicile. Bivouaquant au sud de l’enceinte de Philippe Auguste
, le géant est terrifiant et le roi Louis le Débonnaire peu courageux. Il appelle à la rescousse son cousin Guillaume, retiré dans l’abbaye de Saint-Guilhem-du-Désert. En Languedoc.
Peu enthousiaste, non seulement de devoir affronter une telle situation mais également à l’idée de parcourir un si long chemin, celui-ci obéit néanmoins.
Il arrive à Paris, implore le secours divin devant l’ampleur de la tâche et aussitôt une colombe lui prête main forte. Elle fonce sur le géant, lui crève les yeux laissant au moine le loisir de lui couper les jarrets d’une main preste avant de le décapiter.
Seul un Saint homme (il a l’appui de Dieu) peut triompher de monstres malfaisants. Cependant c’est l’identité du Géant Isoré, dont la caverne initiatique du Mons Isoris est proche du lieu du combat, qui est choisi comme cœur de l’histoire. Revivance d’une mémoire collective même si les faits sont différents. Le personnage central est celui de toute l’attention.
Pour la toute petite histoire, le combat aurait eu lieu au carrefour actuel de Port-Royal, face à la Closerie des Lilas …
*L’Edit de Milan, promulgué en 313 par l’Empereur Constantin, permet aux chrétiens (seulement 4,5 % dans l’Empire romain et 10 % à Rome) de ne plus vénérer l’empereur comme un dieu. Ils sont autorisés à ne plus adorer les divinités. Une grande tolérance leur est accordée à l’égard de la « divinité qui se trouve dans le ciel et qu’ils peuvent adorer à leur manière »