Les embarras de Paris ...
au 17è siècle.
"Jamais dedans une assemblée
De deux cent mille combattants
On ne peut voir en même temps
Tant d’attirail et de mêlée.
Que d’insensés et que de fous !
Tout est-il sens dessus dessous ?
De tous côtés on me dit : Gare !
Et je ne sais duquel tourner.
Dans cet horrible tintamarre
On n’entendrait pas Dieu tonner."
écrit Claude Le Petit *, ce à quoi lui répond François Colletet ** :
"Car c’est un embarras étrange
Qu’un si grand coche dans la fange ;
C’est presqu’un village roulant
Qui n’avance que d’un pas lent,
Et qui trouve dedans les rues
Toujours quelques coques-cigrues,
Des carrosses et des charrois,
Qui l’arrêtent autant de fois,
Brisent essieu, disloquent roue
Et couvrent les passants de boue."
Et Paul Scarron *** d'ajouter :
"... Ces cochers ont beau se hâter,
Ils ont beau crier : Gare ! Gare !
Ils sont contraints de s’arrêter ;
Dans la presse rien ne démarre.
... Mais je commence à me lasser
D’être si longtemps dans la boue ;
Porteurs, laissez un peu passer
Ce carrosse, qu’il ne vous roue ! ..."

Image : histoire-image.org/
Cette scène montre non seulement un "embarras" de la capitale mais aussi un lieu historique : Henri IV sur le Pont Neuf, la colonnade du Louvre, le clocher de Saint-Germain-l'Auxerrois et la façade de la Pompe de la Samaritaine qui puise l'eau de la Seine alimentant les fontaines parisiennes.
* Claude Le Petit (1638-1662) étudie chez les Jésuites avant de se perdre avec des coquins parisiens, ce qui l’oblige à fuir en Italie. Puis en Espagne. A son retour dans la capitale, ses poésies jugées dangereuses et scandaleuses par l’Eglise le condamnent au bûcher à 24 ans.
** François Colletet (1628-1680) se définit comme "poète crotté". Moqué par Boileau. Ancien soldat, très assidu dans les cabarets parisiens où il récite ses vers burlesques.
*** Paul Scarron (1610-1660) - bien que malade durant toute sa vie, ce poète est apprécié des principaux cercles littéraires. Son épouse deviendra Madame de Maintenon.
La boue de la capitale a toujours été une "plaie" dans sa renommée. Elle a tout de même contribué au gagne-pain de jeunes garçons venus de la province pour y gagner leur vie. En effet, ils se sont astucieusement équipés de planchettes pour faire traverser l'obstacle infâme, moyennant un petit sou ou un sourire, et parfois les deux, à gente dame et joli monsieur dont les souliers et les atours étaient perdus à coup sûr. Sur la planchette ou sur leur dos, le tour est joué et la poche se remplit pour manger. Le salpêtre contenu dans la fange en étant la cause première. Presque tous savoyards, les petits gars !
A Paris, c'est la débrouille. C'est aussi l'époque où, en raison des nuisances pestilentielles, on envisage de vider le Cimetière des Innocents.
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