Où est
le second obélisque parisien ?
1730
Cette année là, un obélisque en marbre blanc, haut de 10.72 m., est placé au nord, dans l'aile gauche du transept de l'église parisienne Saint-Sulpice *. Il ne vient pas d'Egypte.
En face de lui, donc au sud, dans l'aile droite du transept, posée à l'intérieur du vitrail à 24 m. de haut, une lentille lui fait face et laisse passer les rayons solaires tout au long du jour.
Pourquoi ?
L'obélisque sert de cadran solaire, remplaçant le bâton antique et traditionnel qui permet aux anciens de mesurer la projection de son ombre sur le sol lors de la course du soleil. Lui aussi indique l'heure. On l'appelle gnomon**.
Afin de fixer la date de la Pâque chrétienne***, traditionnellement prévue pour le premier dimanche suivant la Pleine Lune de printemps, on doit donc connaître la date de l'équinoxe de printemps ! Et pour cela, le cadran solaire devient indispensable.
D'où l'idée de l'obélisque sur lequel on repère la hauteur des rayons du soleil tout au long de l'année. Lorsque les rayons sont bas, ils suivent le trajet d'un fil de laiton incrusté dans le dallage. Il trâce le parcours lentille-obélisque donc les deux points cardinaux nord - sud. On l'appelle le méridien de Saint-Sulpice.


Image : commons.wikimedia.org/
Obélisque parcouru par le fil de laiton venant du sol jusqu'à son sommet.

Image : pariszigzag.fr
Les deux œilletons du gnomon, localisés dans le vitrail sud du transept.
Selon la saison et la hauteur du soleil, les rayons traversent l'un ou l'autre.

Une plaque de marbre sur le parcours du rayon solaire indique le solstice d'été. Quant au solstice d'hiver, il est au sommet de l'obélisque. Les deux équinoxes sont repérées par un cercle en laiton situé au bord du choeur.
Le vitrail a une troisième ouverture,plus grande, permettant d'inclure une autre lentille. Elle sert à mesurer l'obliquité de l'écliptique. Elle est l'oeuvre patiente et assidue d'un passionné qui pendant 46 ans (1745-1791) inscrit à chaque solstice d'été l'image précise et concentrée du rayon du soleil sur le sol à midi. Les variations de l'impact - donc de l'écliptique**** - sont ainsi de 46,85 secondes d'arc par siècle !

Image : wikipedia.fr
* Saint-Sulpice, 2, rue Palatine - 75006 - Paris
** Un gnomon, en grec, est une équerre ou un cadran solaire. Le latin est plus général, il signifie moyen de savoir, c’est-à-dire instrument qui permet de connaître en discernant avec précision.
*** C’est cet obélisque et le dispositif du gnomon qui ont fait la première réputation de Saint-Sulpice. Ils ont été commandés dans les années 1730 par l’ingénieux curé Jean-Baptiste-Joseph Languet De Cergy afin de déterminer précisément l’équinoxe de mars et pouvoir ainsi connaître la date exacte de Pâques.
**** L'obliquité de l'écliptique était de 23° 28' 40.69" en 1744.
Le gnomon a été utilisé par les urbanistes romains qui construisirent les rues perpendiculaires orientées selon les quatre points cardinaux de la ville de Lutèce.
Le gnomon grec, ou équerre, donna la groma latine de l'ancienne Rome mais est aussi l' ancêtre de l'équerrette des géomètres à partir du 19è siècle.

Image : wikipedia.fr
***