Marik en Erèbe.

 

 

 

Marik en Erèbe*

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...

 

- Par Sainte Brunehilde,  est-ce un  signe ?

Bien que venant d’évoquer le nom de sa mère, il n’en a plus souvenir. Sans passé, sans avenir, ce voyage dans les souterrains périlleux est un présent d’une incroyable densité. Rien à voir avec ce que racontent   les  troubadours  à la veillée du château des Trancavel.**

 

Image : citedecarcassonne.org

 

Le château des Comtes de Trancavel.

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Marik a  la tête à l’envers et pourtant … il ne tient qu’à lui de retrouver la cité, les voisins, les fifres et la boudègue, les darioles et le vin du Carcassès***.  Nenni ! Il est fermement décidé à poursuivre son incroyable aventure jusqu’au bout de  ses enfers.  Car ce sont bien ses propres enfers !

...

 

Il veut voir. Il veut entendre. Il veut savoir. Il veut comprendre   … et   lui reviennent à l'esprit   les dix-sept marches descendues dans l'obscurité totale et avec tant de peur … 

Ne seraient-elles pas le passage obligé d'un périlleux  cheminement vers l’acquisition des trente-trois degrés de la sagesse dont parlent les Compagnons-maçons qui bâtissent Saint Nazaire et Saint Celse ?

La lame de l’épée que tient l'ange du dernier bas-relief  terminé  en est justement le dix-septième ! ! Précédé des seize premiers et suivi de seize autres, ce degré majeur représente, à l'évidence, le moment de la réflexion, de  l'orientation décisive de sa jeune vie.

C'est la corde du funambule en équilibre précaire entre chute et réussite. C’est la halte de l'être humain  qui a le choix de sombrer dans  le mal ou non. Le choix de stopper là sa réflexion ou de poursuivre l'initiation qui l'attend.

 

Ces réflexions ont distrait  un moment son attention  de ce qui se passe alentour.

 

Une aubade de papillons l'escorte tandis que  de nulle part surgit le galop d’un pur-sang blanc. Le jarret tendu, les naseaux fumants, il s’arrête devant Marik.

 

Image : muslim-mine.com/

 

Piaffe à l’andalouse cependant que l’éventail de sa queue  balaie le sol en cadence de flamenco. Ses oreilles dressées confirment ...

... Et toujours ce vague clapotis agaçant tant il est lancinant, lent …très lent, loin … si loin … comme dans un rêve.

De tous côtés, plaintes et vagissements, râles vociférations,  jérémiades agonisantes ou suppliques    languides à fendre le cœur du plus endurci de toute une soldatesque. C'en est trop pour le téméraire chevalier. Epuisé, Marik se laisse choir dans un sommeil profond que visite un rêve surréaliste.

 

Vêtu d’une toge blanche, un homme  est debout sur une barque. Il pousse avec vigueur sur une perche de santal et lorsqu'il est près de lui, il lui désigne les linges propres qui lui sont destinés. A côté,  un panier de victuailles, une lampe en terre cuite à la flamme vacillante.

 

Image : conscience-et-réalités.com

 

Le batelier dit s'appeler Charon.

 

Il vient  le chercher.

 

Charon demande à Marik un sesterce or parisii. Une obole de péage pour pagayer plus vite. Eviter les cinq fleuves de souffrances et atteindre plus rapidement le jugement dernier.

Marik n’a pas d’argent. Il a oublié que sa mère lui a donné un denier. C’était dans une autre vie ...

 

Charon exige l’épée de l’adoubement.

 

Image : democratie-royale.org

 

Marik donne l’épée de l’adoubement.

 

Charon la prend,  la plonge dans l’eau et tente de pagayer. En vain. Le batelier s’énerve. Menace. Brandit l’arme  tandis qu’une voix rouillée issue des abysses crache un venin destructeur de malfaisances,  mensonges, jalousies et trahisons. Convulsionné de rage, Charon jette l’inutile dague tout en jurant à faire frémir l’Enfer  en son entier.

 

Marik se saisit de l'épée et voici que … dans ses mains … elle se mue en joyau gigantesque. En argent tout ciselé.  Elle se grave sans stylet, sans orfèvre. Apparaissent alors ses  initiales. Lettres incrustées de nacre sertie de tourmaline. Un travail admirable que complète une croix templière.

    

Mais soudain l'épée lui échappe et se dresse en fléau d'une balance monstrueuse dont les plateaux d'or  oscillent d’une lenteur extrême. Sur l'un, une minuscule pierre brillante. Sur l'autre, un pantin de chiffon noir. Il pèse lourd. Le fléau grince, se tord violemment, incurvant sa pointe qui se fixe au cœur du pantin et l'entraine au fin fond de sa course. Retentit alors un rire dément. Le Mal a triomphé. Marik est terrorisé … cependant son rêve n'en a pas fini avec lui ! 

 

Le Mal triomphe souvent sur terre … mais en Enfer …. il faut compter sur la chouette. La chouette  a tout son temps …Ici le temps est long. Très long et le combat dure une éternité … avant que le fléau ne se redresse enfin tandis que, sur le plateau le plus haut, le démon noir et velu agonise de concupiscence vaincue. Souriante, la chouette se pose alors sur un diamant sublime qui scintille sur le plateau alourdi et qui redescend.

 

- Je suis un artisan du monde voilé d’apparences sans consistance ni valeur. Je suis un compagnon, bâtisseur de ma vie sans ressassements stériles.  

 

La fatalité n’existe pas.

 

Pas plus que la malédiction.

 

...  La barque a disparu. Charon a disparu. Les enfers ont disparu.

Marik a remis son âme à l'endroit …  Le temps s'est écoulé au métronome de l'Histoire … et, c'est en 1.209, qu'il réintègre le siècle et la Cité médiévale carcassonnaise. 

 

* L'Erèbe,  dans la mythlogie grecque, désigne l'endroit le plus obscur de l'Enfer. 

 

** Les Comtes de Trencavel sont les seigneurs les plus puissants de la région après le  Comte de Toulouse et le Roi d'Aragon. (12è s.)

 

*** Carcassès : Le Carcassès est la plaine légèrement vallonnée qui, sur 20 kms d'est en ouest et 10 kms du nord au sud, entoure la ville de Carcassonne.

 

Extrait de Marik en Erèbe, l'un des six contes initiatiques fantastiques de

 

"Le Vieil Homme et la Lune"

 

par Marie-France Arnold.

 

 

***

 

Mise en quarantaine.

 

Mise en quarantaine.

Au 12è s., la religion catholique est prépondérante en France. Elle impose quarante jours d'abstinence avant Pâques. C'est le Carême.

Lorsque des épidémies s'abattent sur les populations sans connaissance scientifique, sans traitement, seule la peur accepte et respecte scrupuleusement l'isolement pendant 40 jours afin de restreindre la contagion.  Dans les ports, les bateaux sont isolés et leurs équipages infectés  ont l'interdiction absolue de descendre à terre pendant 40 jours.

Lorsque le bacille de Hansen* responsable de la lèpre sévit,  la quarantaine se transforme en isolement à vie ! On ne  se  "confine" même pas chez soi. On part. Vêtu de manière à ce qu'on voit à peine son visage, agitant obligatoirement sa clochette pour qu'on l'entende arriver, le lépreux quitte  définitivement les lieux de vie. Banni à jamais de la société. Il n'y a pas de guérison. Au fil du temps, léproseries (ou maladreries) sont construites à l'écart des villes.  C'est d'ailleurs à leur nombre qu'est estimée l'importance de l'endémie**.

La  lèpre sévit.

On chasse les malades.

Image : wikipédia.fr

Manuscrit latin du XIVe siècle

Image : wikipédia.org

Clochette appelée crécelle ou cliquette.

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La peste sévit.

On enferme les malades.

Les familles vivent en promiscuité totale ce qui propage volontairement et immédiatement en son sein le bacille de Yersin*** qui les décime tous. Or, comme  personne ne peut sortir, la contagion-propagation se tarit d'elle-même. Tous les malades sont morts. Les cadavres sont brûlés.

Le médicastre se dissimule sous une longue tunique, un chapeau et en masque.

Image : wikipedia.fr

La covid 19 **** sévit.

Le malade est hospitalisé.

Les soignants s' "isolent".

Image : mobile.telquel.ma

Tenue de protection intégrale en 2020

Le confinement est décrété sans extrême rigueur ... sauf en Asie. L'absence de civisme, un peu d'égoïsme et beaucoup d'insouciance font qu'on se retrouve trop nombreux pour faire la fête. La contamination repart de plus belle. Manque de fermeté, manque de pédagogie, incohérence des décisions ... les pouvoirs publics sont dépassés et la population perd confiance.

Le coronavirus responsable de la maladie est parfaitement silencieux, invisible. "Inexistant" pour certains si ce n'est inventé ou volontairement créé (!)  pour d'autres afin d'organiser le contrôle des humains sur la planète ? Les asservir. Est-ce possible d'avoir perdu toute raison ? Toute connaissance rationnelle ?

*

* Le bacille de Hansen, découvert en 1873,  est très proche du bacille de Koch auteur de la tuberculose. Il engendre une maladie infectieuse,  contagieuse et inguérissable qui affecte l'homme et le tatou.  La lèpre.

 

Image : voyage.fr

Ile de Spinalonga.

En 1903, l'ilot grec de Spinalonga est transformé en colonie de lépreux. Une sorte de camp de malades, déportés de  Crête puis de toute la Grèce, qui vivaient jusque là dans des grottes et des cabanes.

** Une endémie est  la présence habituelle d'une maladie dans une région déterminée.
*** Le bacile de Yersin est découvert en 1894 par Alexandre Yersin lorsqu'il travaille à Hong Kong, pour l'Institut Pasteur, sur une épidémie de peste. Celle-ci est transmise à l'homme par des piqures de puces portées et contaminées par les rats infectés.

**** La  Covid 19 ou CoronaVirus Disease (maladie)  est une affection causée par un virus de la famille des coronavirus qui, en général, provoquent une affection relativement bénigne de la sphère ORL. Or, le dernier venu,  transmis par la chauve-souris asiatique, est lui au contraire virulent, extrêmement contagieux et nécessite un  isolement de 14 jours (quatorzaine) afin d'en éviter la propagation.

***

La chasse aux sorcières.

 

 

La chasse aux sorcières.

 

 

Expression fréquente et couramment utilisée signifiant qu’on cherche à écarter, faire taire une personne ou un groupe divulguant des idées gênantes, souvent politiques. Elle serait, pense-t-on, inspirée de faits qui se sont produits au milieu du 20è siècle aux U.S.A. et repris par Arthur Miller.

 

Arthur Miller* écrit et produit en 1952 une pièce de théâtre : « Les sorcières de Salem »,  s'inspirant de ce qui s’est passé à Salem, en 1692 pour faire un parallèle avec le phénomène politique américain qui eut récemment lieu. Il consistait à pourchasser et exterminer de supposés communistes, et tous les sympathisants de la cause, sans  oublier les homosexuels, les drogués et les marginaux de toute sorte. Un  procédé politique d’épuration qui portera rapidement le nom de maccarthisme**.

 

En 1692, dans le village américain de Salem, comme une trainée de poudre se répandent des  rumeurs lancées par  deux jeunes filles qui, sans preuve, accusent de sorcellerie de nombreux villageois.

 

 

 

 

L’affaire est grave car plus de 150 habitants sont arrêtés, 31 personnes  condamnées, 19 pendues et trois décèdent en prison.

La pièce de théâtre montre que des croyances extrêmes et non fondées conduisent parfois à des comportements collectifs répréhensibles et dangereux.

 

Pourquoi

 

une telle peur des sorcières ?

 

 

OgifsO.free.fr

 

La sorcière aurait un pouvoir surnaturel.

Elle a signé un pacte avec le diable.

Il faut l'éliminer...

 

Il n’en a cependant pas toujours été ainsi. En France, dès les premiers siècles déjà, les Francs font un amalgame entre sorcellerie, magie et paganisme mais tolèrent les sorciers et les mages.

Au  8è s. - attesté par un Cartulaire de Charlemagne - il est interdit de jeter dans les flammes***  les sortiariae ou herbariae, sorciers ou  herboristes. En effet, ces personnages « merveilleux » que sont les sorciers et les sorcières sont considérés comme des  guérisseurs et des devins.

Jusqu’au 11è s. c’est le nom latin qui prévaut dans le langage courant mais on le découvre pour la première fois écrit en français, dans le Roman d’Enèas publié au 12è s. - en 1160.

 

 

 

 Roman d’Enéas. B.N.F.

 Miniature prise dans l’ouvrage ;

Auteur anonyme

 

Sorcière « merveilleuse » ou sorcière diabolique ? Il est donc évident que deux attitudes de la société se font contradictoires dans le temps puisqu’à partir du moment où l’Eglise impose sa  prépondérance sur le pouvoir politique,  les sorcières sont en danger de mort. Agents du diable, l’Eglise les accuse d’être hérétiques, auteurs de maléfices et pourquoi pas organisatrices de sabbats****.

Le feu de l’Enfer leur est destiné via l’Inquisition qui  a  cependant pour but, à l’origine, de défendre la foi en s’acharnant contre les hérésies. 

 

 

  •  
  • Scène d'Inquisition.

     

  • Edouard Moyse – 19è.

  •  
  • * Arthur Miller : écrivain et dramaturge américain (1915-2005). Epouse  Marilyn Monroe en 1956 et divorce en 1961.

 

** Joseph McCarthy, sénateur du Wisconsin, député sans scrupule, opportuniste  et narcissique, roublard  et joueur de poker, déclenche volontairement un mouvement d'opinion maléfique qui embrasse l’Amérique en pleine guerre froide. Après avoir lui-même lu ce qui suit,  la « chasse aux sorcières » est  lancée aux U.S.A.

 

Insinuations sans preuves !

  Le maccarthisme est né !

                                                                                                         

« Je ne vais pas perdre mon temps à nommer tous ceux qui, au Département d'État, sont membres du parti communiste ou appartiennent à un réseau d'espionnage. J'ai entre mes mains une liste de deux cent cinq noms qui a été portée à la connaissance du Secrétaire d'État. Et pourtant, ils travaillent encore au Département d'État ; ils élaborent encore sa ligne politique. »

 

La chasse aux sorcières commence.

 

 

*** La dernière incinération  de sorcière a lieu en Suisse en 1782.

 

**** Sabbat - Les sorcières sont accusées d’organiser de grandes assemblées nocturnes aux dérives licencieuses accompagnées de tapage et de désordre. Le sabbat des sorcières est une expression créée par les antisémites qui font une référence injurieuse au repos du samedi de la religion juive. Ils l’assimilent à une réunion de sorciers.

 

 

 

***

 

 

 

 

Poulet bizarre ?

 

 

Poulet  bizarre ?

 

le poulet noir...

 

 

Sur les marchés taïwanais,

 

il cotoie tout naturellement

 

le poulet blanc.

 

 

 

Peu connu en occident*, le poulet à chair noire est d’origine asiatique.  En lui, tout est noir : plumage, peau, os, chair et œufs ... Même la crête des coqs ! Il est de la famille des Ayam cemani.

 

 

 

Poulets Ayam Cemani

 

Cependant, parmi ces volatiles, noirs de chair, une race se distingue tout particulièrement : le  Silky. Ainsi nommé parce que le  plumage est aussi doux que de la soie, à tel point qu'il fait de lui un animal de compagnie ! Un Silky est  blanc ou noir, ébouriffé  mais entièrement noir lui aussi quant il est prêt à entrer dans la cocotte.Très prisé dans la cuisine asiatique, il est un peu sucré. Quant aux oeufs, ils ont la couleur du charbon.

 

 

 

Image : slate.fr

 

 

La couleur noire de ce gallinacé  est due à un gène qui provoque sa  pigmentation cellulaire : c'est l'endothelin 3.

 

Image : biotropica.fr

 

Poule nègre-soie - Silky -

 

 

 

  • Mais qu'appellet-t-on poulet,
  • terme au sujet duquel il semble pourtant inutile
  • de se poser la question ?
  •  
  • Un poulet est une poule ou un coq non encore adulte et destiné à la consommation.

Le moyen-âge l'appelle ainsi à partir du 13è s. Ce n'est jusque là, en latin, qu'un volatilia, un oiseau.


Le 16è dit un poulaict. Il est non seulement le volatile comestible mais aussi  le billet doux envoyé à une dame. On peut penser que celui qui le livrait était, pour ne pas attirer l'attention,  un livreur de volailles qui dissimulait la missive sous les ailes du poulet qu'il proposait à la vente.

Le papier devait donc êre plié, faisant ainsi deux pointes comme les ailes de l'animal.

  •  
  •  
  •  
  • *  Quelques régions françaises élèvent le poulet noir dont la chair est réputée pour son goût de noisette. Un coq porte une crête rouge.
  •  

  •  

  • Les "poulets" ? Ce sont les policiers qui débarquent dans les lieux de prostitution où les prostituées s'appellent tout naturellement des poules. Celles qui ont la chance d'être entretenues acquièrent le grade de cocottes !

Image : msu.edu
 

Une "Cocotte au 19è s" 

 

d'après un "Dessin de Bertall.

 

 

Parmi les innombrables surnoms dont sont affublés les policiers, celui de «poulets» daterait du 19è s. et serait dû à la nouvelle adresse de la Préfecture de Police de Paris.

 

 

 

***

 

 

 

Gargouilles et chimères.

 

 

Gargouilles

 

ou

 

chimères.

 

 

Ne confondons pas gargouilles et chimères !

 

Une gargouille est une gouttière en forme de tête animale à long cou.

 

 

Image : ville-sens.fr

 

 

Elle tire son origine du bestiaire du 2è s., le Physiologus de Berne, destiné à transmettre des connaissances sur les plantes et les animaux (qu’ils soient réels ou imaginaires) à qui on donne une signification chrétienne mais qui racontent plutôt des légendes inspirant l’imaginaire des artistes.

 

 

Image : wikipedia;fr

 

Physiologus de Berne. Notice sur la panthère, f. 15r

 

 

Au tout début du Moyen-âge, on raconte qu’une créature terrifiante, appelée Gargouille, dévore les habitants de Rouen.

 

La fonction utilitaire de la gargouille est de rejeter l’eau de pluieloin des murs de l'édifice. La symbolique religieuse s'y ajoute : salie par le toit de l’église, l'eau chargée du Mal, le rejette  loin de la Maison de Dieu. Elle devient purificatrice et sacrée. On comprend alors pourquoi les cimetières entourent les églises. Les inhumations sous les gouttières de l'abside (choeur de l'église) sont très prisées par les riches ; l'espace est limité et les places se paient très cher !

 

 

 

 

Image : videenville.paris/

 

 

 

Gargouilles de l'église Saint-Jacques de la Boucherie.

 

75004 - Paris.

 

Les gargouilles de l'église Saint-Jacques* font 3 m. de long.

 

 

La chimère ne fait pas office de gouttière. Elle n’est que décorative. Souvent effrayante, elle symbolise la tentation du diable. Située  tout en haut des églises, elle surplombe la tête du passant et lui rappelle le Mal, le met en garde contre les êtres malfaisants.

 

C’est Viollet-le-Duc** qui ajoute des chimères à Notre-Dame de Paris. L’une des plus connues est dénommée le stryge***.

 

 

 

 

 Image : wikiwand.com/

 

 

 

* Saint-Jacques la Boucherie voit le jour grâce à la corporation médiévale des bouchers   de la Grande Boucherie des Halles en Champeaux. De là, partent les pélerins pour Saint-Jacques de Compostelle qui, au retour, jettent dans la Seine les méreaux****  attestant leur pélérinage.

Les niches extérieures de l'église abritent les écrivains publics dont le plus célèbre est Nicolas Flamel.

 

 

Image : Travail personnel de Celette. wikimedia;org.

 

 

L'église est détruite à la Révolution de 1789 mais la tour aurait été épargnée en raison des travaux scientifiques de Blaise Pascal sur la pesanteur.

 

** Eugène Viollet-le-Duc (1814-1879) est un architecte célèbre du 19è s. qui, à l'initiative de Prosper Mérimée, Inspecteur Général des Monuments Historiques, restaure Notre-Dame de Paris, la Cité médiévale de Carcassonne, etc...

 

Image : wikipedia.fr

 

Eugène Viollet-le-Duc.

 

 

 

 

*** Stryge vient du grec strigx : cri strident d’un oiseau de nuit. Les stryges sont des formes diaboliques, femmes-oiseaux, qui poussent des cris perçants. Dès l’Antiquité greco-latine, le stryge est un oiseau à tête énorme et yeux perçés, bec de rapace et ailes puissantes. Il sévit dans les cimetières.

Quant aux arabes des premiers siècles, ils le craignent comme étant une créature malfaisante qui mange la chair corrompue des cadavres.

 

**** Un méreau est un "jeton de présence" en cuir, en métal ou en parchemin qui joue le rôle de laisser-passer. 

 

Chimères et gargouilles sont des éléments indissociables de l'architecture symbolique médiévale. De la légende à l'étymologie, la gargouille a la vie longue puisque presque tous les édifices européens d'une certaine époque en sont pourvus !

Quant aux innovations dues à Eugène Viollet-le-Duc, elles ne se limitent pas aux chimères. La flèche de Notre-Dame de Paris tout comme la Cité médiévale de Carcassonne en sont témoins.

 

 

***

 

 

 

 

 

135 médaillons - Hommage à Arago

 

 

 

135 médaillons

 

en

 

hommage à Arago.

 

 

 

 

 

 

 

Lorsqu'en 1994, on  demande à  l'artiste néerlandais Jan Dibbets de créer une oeuvre en hommage à Arago*, il imagine 135 médaillons en bronze de 12 cm de diamètre, fixés sur  le sol le long du méridien de Paris. Celui-ci avait été défini par les calculs et relevés minutieusement effectués par Cassini de 1718 à 1740 et qu'il avait matérialisés par 96 obélisques de Dunkerque à Perpignan.

 

Ces médaillons portent le nom de François Arago, le physicien et  célèbre astronome qui avait prolongé jusqu'aux Baléares la Méridienne de Cassini. Ils célèbrent le bicentenaire  de sa naissance.

 

Depuis 1994, ils remplacent la "mémoire" d'une statue en bronze à son effigie, réalisée par Alexandre Olivia et inaugurée par le Président Raymond Poincarré en 1893. Or, elle    n'est plus sur son socle depuis 50 ans !

 

 

Image : unjourdeplusaparis

 

Monument à Arago datant de 1893.

Place de l'Ile de Sein

75014 - Paris

 

En effet, en 1942, lors de la Seconde Guerre Mondiale, ainsi que beaucoup d'autres  la statue est fondue  par les Allemands pour fabriquer des canons. Sur une paroi du socle demeuré inutile Jan Dibbets demande alors que soit inserré  le  premier  médaillon.

 

 

 

 


 Image : unjourdeplusaparis.com


 


Au 21è s., l'Académie des Sciences et l'Observatoire de Paris décident de lancer un concours pour  créer une nouvelle statue. Le lauréat est un plasticien belge, Wim Delvoye, dont l'oeuvre primée s'éloigne du clacissisme traditionnel.  Par le "mouvement " de ses lignes giratoires elle est censée évoquer les travaux du célèbre physicien sur les forces centrifuges. Arago ne rejoint pas le socle d'origine mais est placé dans les Jardins de l'Observatoire à quelques dizaines de mètres.

 

 

Image : paris-bise-art.

 

 

* François Arago (1786-1853),  mathématicien et physicien, est nommé Directeur des observations de l'Observatoire de Paris en 1834. Il y meurt  après avoir, en tant que Ministre de la Marine et des Colonies, signé l'abolition de l'esclavage en 1848.

Arago admire le travail de Cassini et, en tant que polytechnicien, il n'a pas de mal à continuer son oeuvre sur le terrain.

 

Sur les 12 kms qui séparent la Porte de Montmartre, au nord, de la Porte d'Orléans, au sud, le parisien curieux peut   retrouver aisément les médaillons qui subsistent encore dans le bitume.

 

 

***

 

 

 

Le chrysanthème impérial.

 

Le chrysanthème impérial.

Le chrysanthème est sur le point de recouvrir massifs et tombes de nos pays occidentaux de ses fleurs doubles ou simples aux coloris flamboyants. Fleur généreuse et lumineuse, elle est connue en Asie depuis des lustres.

Dès le 15è s. avant J.C., les nobles chinois sont les seuls personnages (avec l’Empereur) autorisés à utiliser cette fleur « sacrée » pour décorer leurs intérieurs ou la cultiver dans les jardins.

Ils l’honorent et la respectent, la vénèrent et la peignent avec fierté sur les porcelaines fines et cloisonnées ainsi que sur les paravents.

Vase en porcelaine chinoise.

Le Japon subit à son tour l’influence chinoise. Au 8è siècle, il déclare ainsi le chrysanthème    " fleur nationale "  et organise chaque année, en son honneur,  le Festival du Bonheur.

Variété somptueuse de chrysanthème japonais.

Il l’inscrit avec fierté sur le sceau royal. Quant à la Monarchie, elle s’appelle tout simplement « Trône du Chrysanthème  ». A cela rien d'étonnant puisque le chrysanthème  symbolise  longévité et immortalité, en référence à sa couleur solaire.

Image : wikimedia.org

"Takamikura"

Trône de l'Empereur du Japon.

Lumière. Bonheur*. Longévité**. Immortalité.

Chrysos – anthenom – en grec – fleur d’or.  Oui, outre sa couleur, le chrysanthème est bien une fleur en or tant elle a de vertus : simple et de floraison généreuse en durée et densité, elle voit se dérouler l’hiver où elle a peu de concurrence sans exiger de soins particuliers.  De la famille des astéracées, comme ses cousins les asters, elle demande peu.

De l’Antiquité au 21è siècle,

le Chrysanthème demeure.

Depuis la fin de la Première Guerre Mondiale, armistice de 1918, plusieurs pays européens ont officiellement adopté le chrysanthème pour fleurir les tombes des milliers de soldats lors de la Fête des Morts, lendemain de la Toussaint.

Image : lanouvellerepublique.fr

Seul le chrysanthème blanc est utilisé  en Chine pour la même occasion car il est associé au chagrin et à la mort.

Comme la capucine en Europe, le chrysanthème est non seulement une plante ornementale mais aussi un condiment culinaire presque exclusivement asiatique.

Chrisanthemum coronarum

Le chrysanthème coronarum, le plus banal, est un légume prisé principalement en Asie.  D'un goût un peu fort et très particulier***, ses feuilles sont bouillies comme les épinards si elles ne sont pas jeunes et tendres, à moins qu'elles ne soient cuites à la poêle pour accompagner de la viande rôtie. Les jeunes feuilles sont souvent mélangées à des salades. Quant aux boutons floraux, ils sont jetés dans les oeufs d'une omelette.

On ajoute des fleurs fraiches dans les potages mais aussi dans les salades.

Les chinois aiment le thé accompagné de feuilles ou de pétales de fleurs déposés juste avant de le boire.

Sur les marchés orientaux,

on  achète les feuilles sous les noms de :

tonghao en Chine

shungiku au Japon

rau tân ô au Vietnam

ssukgat en Corée

* C'est pour la Fête des Mères que l'Australie vend le plus de chrysanthèmes.

** De par sa richesse nutritive, le chrysanthème dégusté crû apporte  vitamine A  (bêtacarotène), vitamines B2, B3 et B9 ainsi que vitamine C. Si riche en nutriments, il favorise l’immunité.  Potassium, magnésium, calcium, fer et phosphore complètent son action bénéfique pour la santé.

*** Le goût et l'odeur des fleurs et feuilles des chrysanthèmes ne sont pas très appréciés en occident où, autour de la Méditerranée, le coronarum croît pourtant à l'état sauvage au travers des cultures de céréales.

Quant au cloisonné, c'est une technique artistique régionale particulière et intéressante.

***

Paris, en ce temps-là ...

 

 

Paris, en ce temps-là ...

 

     In illo tempore ...

 

Aux environs de 4.500 ans avant notre ère, une population néolithique abandonne sur la rive droite de la Seine trois pirogues retenues par des liens de cuir à des pieux en bois. L’une d’elles, exhumée lors de la construction de Bercy , en 1991, est exposée au Musée Carnavalet. Le quartier en perpétue la mémoire par la Rue des Pirogues.

 

Image : carnavalet.paris.fr/

 

La pirogue est datée de 2.700 ans avant J.C.

 

 

 

Au même endroit - bien plus tard mais il y a tout de même plus de 2000 ans - la civitas parisiorum* est un important groupement de cabanes posées sur palafittes. Ces pilotis permettent de vivre au-dessus des marais découpés qui encombrent les deux berges de la Seine et où abondent les poissons d’eau douce. La rive gauche, pourtant beaucoup moins boueuse et très verdoyante, est inhabitée. Pourquoi ?

 

Elle est sacrée.

 

La bourgade parisii occupe donc la rive droite de l’arc fluvial orienté est-ouest entre une importante colline nord et trois autres au sud. La géographie montre d’autres buttes mais ces quatre là sont tout particulièrement  vénérées. Entre les deux rives, sept iles inhabitées mais verdoyantes sont baignées par le fleuve parfois très agité.

 

Image : fracademic.com/pictures/

 

Plan établi par Strabon,

à l'arrivée des Romains

dans la Civitas parisiorum gauloise.

 

Montons tout en haut de la rue Saint-Jacques** et retournons-nous pour regarder vers le nord. En contre-bas, au-delà du fleuve et des marécages se dessine un sentier très emprunté qui, sur 4 kms, mène à la colline nord (130 m d’altitude), le Mons Mercoris. Notre Montmartre. Selon le temps, on l’aperçoit net ou estompé par le brume. C'est là que  vit Mercure.

 

Image : wikipedia.fr

 

Mercure-le-bien-aimé 

protège le voyageur

et

assure sa santé tout au long des chemins.

 

Des trois collines de la rive gauche seul le Mons Leukotecius (Montagne Sainte-Geneviève) sur lequel nous sommes maintenant (60 m de haut) a les pieds dans l’eau. La seconde colline, plus au sud, est un peu moins élevée. C'est le Mons Isoris***,  situé à 4 kms du fleuve. Il abrite en son antre, un personnage initiatique très connu, le Géant Isoré. Quant à la troisième, Mons Rubrus, environ 7 kms, elle est en pleine campagne. 

 

Dans la préhistoire, l’homme et la nature ne font qu’un et la topographie des lieux revêt une symbolique qui l’imprègne profondément. Elle l’imprègne d’autant plus que sa connaissance des éléments (quil’effraient) n’est pas scientifique !  Expérience et  transmission orale sont les seules bases de ses connaissances.

 

N’ayant d’autre référence que lui-même, l’homme personnifie les éléments. Il en fait des divinités à son image. Divinités qu'il doit apprivoiser pour assurer sa sécurité.

 

Le tonnerre, source de grande épouvante,

s’appelle Taranis.

 

Image : wikipedia

 

TARANIS - Dieu du ciel, du tonnerre et de la foudre.

 

Avec crainte et surtout beaucoup d’espoir, le parisii  pratique à l'égard de Taranis des rituels destinés à assurer sa bienveillance envers les pauvres terriens. Il lui apporte régulièrement des offrandes mais il en apporte aussi aux nombreuses autres divinités, masculines et féminines, afin qu’elles maintiennent équilibre et harmonie entre elles. Ne vivent-elles pas en famille comme les humains ?  Esus, Cernunnos, Tarvos Triganaros et les autres  ... ont chacun leur tâche et leurs attributions.

 

Image : triskele.eklablog.com

Esus, dieu bûcheron et protecteur de la forêt.

 

Ces divinités ne doivent-elles pas assurer la paix entre la Nature, qu'elles "sont", et les hommes ?  C'est ainsi que naît le sacré.

Le sacré représente le domaine de l'interdit. De l'inviolable. Du révéré. Du respect absolu.

 

La survie de l'humain.


 


 

 


* Le territoire parisii  s’étend du sud de l’Oise jusqu’à l’Essonne et Saint-Martin d’Etampes. La civitas en est le chef-lieu.

 

**  La rue Saint-Jacques correspond au cardo nord-sud construit par les Romains. Partie inférieure du plan établi par le géographe romain, Strabon.

 

*** Mons Isoris (et son illustre habitant) est l'actuel Montsouris - 14è arr. -  suivi  encore plus au sud par le Mons Rubrus qui n'est autre que Montrouge.

 

 

 

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Petit obélisque de Montmartre

 

 

 

Petit obélisque

 

de

 

Montmartre.

 

 

 

 

En 1740, Cassini de Thury, dont l'oeuvre est poursuivie par son fils, décide de construire 96 obélisques sur le territoire français afin de matérialiser le Méridien de Paris dont il a fini de déterminer la ligne imaginaire. Méridien qui donne l'heure  à la France avant que ne soit officiellement adopté le Méridien de Greenwich.

 

 A Paris, l'obélisque Nord, appelé "mire" est construit à Montmardre.

 

 

 

 

 

 

 

 

Images : paris-bise-art.
 

Mire du Nord

 

Ce témoin de l'histoire de Paris, et de Montmartre en particulier, est hélas invisible au piéton, enclavé dans une résidence privée, au n°1 de l'Avenue Junot dans le 18è arrondissement.

A l'ombre des ailes du Moulin de la Galette ... lui aussi

 

 

 

intégré  dans la même propriété privée.  

Cet obélisque - "mire du nord" - a sa réplique au sud de Paris, dans le parc Montsouris où il a été légèrement déplacé lors de l'aménagement de ce dernier.

 

 

Image : cfpphr.free.fr

 

Mire du Sud

 

En effet, le monument (1806), qui n'est autre qu'une borne géodésique, avait été construit, à l'origine, dans les Jardins de l'Obsevatoire de Paris. Lors de l'aménagement du parc Montsouris, il fallut le transférer. D'où un décalage de 70 m plus à l'est par rapport au tracé exact.

 

Quant à l'obélisque de Montmartre, il n'est qu'un "trésor" de plus de cette "Commune" originale si chère au coeur des parisiens mais pas seulement ...

 

* Dès 1718, Cassini débute ses relevés géodésiques qui durent des décennies. Il est sur le terrain, de Dunkerque à Perpignan. Au 18è s., Arago les poursuit jusqu'aux Baléares. Afin d'honorer sa mémoire, on voit 135 médaillons de bronze alignés dans le sol parisien, respectant le tracé du méridien de Paris dont ils dessinent la ligne imaginaire.

 

En ce qui concerne l'obélisque en marbre blanc de Saint-Sulpice (et la baguette de laiton appelée "méridienne"), il est défini comme étant un gnomon, destiné à donner l'heure exacte à midi uniquement.

 

Enfin la butte de Montmartre et ses mille feux nocturnes fait l'objet d'une oeuvre picturale de Jeannine Fortin, une artiste peintre parisienne, connue pour le foisonnement de détails minuscules qu'on retrouve dans toute son oeuvre.

 

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