La seconde métamorphose.

 

 

La Seconde Métamorphose.

 

 

L’auteur imagine que Franz Kafka subit une seconde métamorphose. Il n’est plus Grégoire Samsa qu’il fait parler dans « La Métamorphose », mais un cheval. Un vilain canasson, une rosse noire efflanquée qui, après interrogations, souffrances et hésitations, se mue en splendide pur-sang blanc. Une nouvelle naissance initiatique.

 

Extrait :

 

« Le jour où il se réveilla cheval, X. ne fut pas étonné. Cheval il était, cheval il serait désormais. ... Pour lors, il était cheval noir, le noir s’opposant au blanc, son égal et sa contre-couleur en valeur absolue. Une valeur négative, passive, couleur de deuil et d’accablement, d’acheminement vers la mort ... la fuite sans retour vers le néant. ... Totalement investi dans ce cheval dont il parle dorénavant comme de lui-même, un lui-même dans lequel il n’est pas si mal que cela.

...

La rosse noire emplit la chambre comme un acteur de théâtre une pièce en huis-clos. Une rosse noire qui fait le vide par jouissance excessive d’une solitude masochiste dans laquelle elle laisse courir sa pensée à bride-abattue.

 

Ma laideur noueuse ... laideur à laquelle je suis très attaché, a pris l’aspect d’une haridelle si vilaine qu’elle ne peut s’afficher en société. Trop malingre, j’appartiens à la race des solipèdes efflanqués. Je suis cheval .... de ceux qui assistent l’homme. Indépendant, obéissant, dissimulé dans cette doublure noire comme dans une cave, le cheval que je suis me prend par la bride pour me guider, moi, X., même pas XY., seulement X. l’inconnu parfait, dans l’errance obscure des angoisses qui m’oppressent, me paralysent. ...

 

Cheval, conduis-moi hors des abysses du doute, vers l’espoir, la lumière et la paix.

 

X. frissonne. Hennit. ... S'assied. Il ne sait pas trop quoi faire de ses quatre pattes. Il n'a pas l'habitude. Ses sabots sont disproportionnés par rapport à la maigreur de son corps ... C'est ainsi, je suis cheval et me nourris de paradoxes. ... Oui, mon vieux, je sais. Ne te fais pas trop d'illusions !

 

Si l’Absurde voulait que je me transcende, j’irais caracoler ...

Si l’Absurde voulait qu’en blanc pur-sang je me transcende, je galoperais à bride-abattue sur les sentiers de la liberté, la gloire en amazone sur ma croupe souple et solide ...

Si l’Absurde voulait ... Si l’Absurde pouvait ...

 

X. s'essuie le front. Tousse et doit s’asseoir. Il est las ...

La rosse donne un coup de sabot rageur dans la chaise qui se brise. Le rythme de l’horloge accentue la démence de l’atmosphère. ... La table s’écroule sous le faix des manuscrits qui s’élèvent en colonnes ... Les angles de la chambre se tordent ... tandis que surgit un cheval blanc. Un cheval blanc superbe.

 

La rosse noire n’est plus.

 

Le pur-sang piaffe d’une royale impatience ..., caracole la tête haute, les oreilles dressées...

 

J’ai peigné mes difficultés. Je les ai lustrées en termes simples qui ont clarifié mes pensées emmêlées comme une pelote qu'un chat malicieux ... J’ai chassé les furies affamées de cervelle malade, franchi le Styx de ma souffrance. ...

 

Moi, Cheval blanc nourri de mots qui galopent dans mes veines et trottent aisément en décennies multiples ... je surveille La Colonie Pénitentiaire qui pénètre dans Le Château où se déroule Le Procès d’un dénommé X., rencontré lors de l’instruction.

Le Procès se déroule en huis-clos. Procès à l’issue duquel la cour prononce Le Verdict que le greffier consigne sur parchemin :

 

« Réhabilitation de l’accusé. »

 

« Obligation lui est faite de porter non plus l’initiale X. ... mais son nom calligraphié en toutes lettres, un nom d’oiseau, symbole de liberté, un chouca, une kavka que le Tribunal traduit officiellement par KAFKA. "

 

Image : voyage-onirique.com/contact/

 

Kafka déposait dans une boite les nombreux aphorismes qu'il écrivait et classait par numéros. Ainsi sur le vieillesse ... qu'il n'a jamais atteinte ... Entouré de ses amis sincères, de ses collègues, Kafka a toujours été un homme seul en quête de vérité.

 

 

Le Vieil Homme et la Lune – Contes fantastiques initiatiques – Publibook – 2004.

Marie-France Arnold.

 

 

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