La civitas parisiorum ou l'embryon de Paris.

 

 

La civitas parisiorum*

ou

l'embryon de Paris.

 

Cessons donc de penser la naissance de la capitale à partir de sa seule archéologie ! Paris n’est pas né des Gaulois ni même des Romains. L’espace dédié à la capitale existe bien avant eux … habité par une tribu en parfaite symbiose avec une nature principalement constituée de forêts et d'eau. La tribu des parisii.

 

Pagus parisii

 

Le Pagus des parisii (terme conservé par le Pays Basque) est au cœur des sylves profondes aux essences variées qui cernent la petite bourgade. Bien plus tard, ces essences donnent naturellement leurs noms aux localités qui entourent Paris. Le Chesnay, Herblay, Aulnay, Chènevières-sur-Marne et bien d’autres en sont les témoins actuels. Passeurs de mémoire. Hélas, les forêts somptueuses ont laissé place à l'urbanisation.

 

La vie quotidienne des parisii est intimement liée aux éléments naturels qu'ils attribuent, faute de connaissance scientifique, à des divinités censées vivre comme eux mais dotées d'un pouvoir spécifique qu'ils n'ont pas. Eléments naturels inmaîtrisables (parfois effrayants) et divinités se confondent. La foudre, Taranis, est un personnage aux colères terrifiantes. Or, c'est l'harmonie qui assure la survie. Afin d'établir une relation de bon voisinage, ainsi fait-on dans le pagus, il est impératif de lui apporter, ainsi qu'à ses collègues divins,  des offandes de toutes sortes. Reconnaissance et bienveillance divines sont à ce prix. Il n'y a aucune  exception et c'est rassurant.

 

Le parisii vit donc en symbiose avec la nature et les dieux  dont les plus importants sont représentés que le Pilier des Nautes**.

 

Esus le bûcheron,

 

Le Pilier des Nautes.

 

 

Cernunos, le sage,

 

Image : leluft.blogspot.com 

 

et puis aussi Mercure le bien-aimé, protecteur du voyageur à pied et du commerce, de la bonne santé et de l'ingéniosité. Il habite sur la colline nord, Mons Mercoris, futur Montmartre.

 

Photo (C) RMN-Grand Palais) /Jean Schormans

Mercure

 

L'esprit naturel prédomine en cette période de l'Histoire. Il est en chaque être humain pour qui c'est, sans conteste, la vraie vie ou tout au moins la seule qui existe,  protégée bien sûr par les divinités. Il les aime et les craint. Un bonheur tout simple. 

 

Comment le savons-nous ?

 

Au cours du temps, la mémoire collective (ou archaïque) a imprimé en l’homme une connaissance dont la résurgence se manifeste, des siècles plus tard, dans le vécu quotidien. Sans que l’inconscient ne la mette en évidence. Sans que le conscient n’ait l’idée d’établir des liens ! La mémoire des ''civilisateurs'' du néolithique, dont il n’y a aucune transmission écrite, resurgit curieusement au Moyen-Age dans les moniages et dans les contes. Ils mettent en scène des personnages dont le nom et l’action rappellent aussitôt une croyance antique occultée depuis longtemps et qui réapparaît curieusement dans le récit. Ils confirment ainsi les grands mythes d’initiation de nos ancêtres dont on retrouve parfois la représentation grossière dans l'archéologie.

 

Il n’est pas de hasard :

" le folklore est le savoir des peuples."

 

Que signifie la liturgie de la tête coupée dont Saint-Denis céphalophore est l’illustration ? Quelle est la raison d’être des monstres initiateurs à l’étonnante envergure, le Dragon de la Bièvre terrassé par Saint-Marcel ou le Géant Isoré - collègues contemporains ou successeurs probables de divinités antiques - et bien installés sur leurs fiefs parisiens respectifs sacralisés ?

 

Lorsque se propagent les nouvelles croyances monothéistes, elles s’imbriquent aisément au paganisme séculaire, très lentement certes mais tout naturellement, jusqu’à nous envahir d’étonnement et d’évidence ! Non des moindres en sera l’histoire rocambolesque de Saint-Denis ! Mais, bien avant qu'il ne vienne clandestinement évangéliser Lutèce au 3è s., Isis s'est déjà imposée comme la déesse parisii, gauloise, romaine et contemporaine  incontournable dont l'empreinte est encore présente au 21è s. dans la capitale ... N'oublions pas Isoré dont la mémoire s'est imposée par ... la rue de la Tombe Issoire !

 

* La civitas parisiorum, comme l'appellent les envahisseurs Romains, est la cité des parisii. Il semble  incongru d'ajouter un s pluriel à parisii, qui est le nominatif pluriel latin dont la déclinaison donne parisiorum au génitif, le complément de nom français.

 

**  Le  Pilier des Nautes est un monument offert par les bateliers commerçants romains de Lutèce qui naviguent sur la Seine réputée, à l'époque, être un fleuve impétueux et dangereux. Edifié en l'honneur de Jupiter, sous l'empereur Tibère (14 ap.J.C.), il représente les divinités protectrices les plus importantes honorées in situ avant l'arrivée des colonisateurs.

 

Consulter :  Paris, ses mythes d'hier à aujourd'hui. " Petite et grande histoire confondues. Une histoire toute simple."

Ed. Dervy - 1997 - M.F. Arnold.

 

 

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