La feuille morte

 

Dans mon entourage, ce n’est un secret pour personne, on sait que j’ai la phobie des oiseaux. Quelles que soient les couleurs du costume dans lequel ils évoluent, leur élégance, leur charme et leur chant … impossible de les approcher. Ridicule ? Sans doute et cependant j’admire la splendeur de certains d’entre eux. Je suis tout autant subjuguée sinon fascinée par le chant des merles qui nichent nombreux dans les haies de mon jardin.

Ils se livrent à des conversations époustouflantes et sidérantes. Invites aimables, impatience, colère, dépit, charme etc De sublimes sifflements ! Bref, je les admire mais à distance respectable, cela va de soi. Quant à eux, ils ne me craignent nullement, faisant preuve de familiarité, confiance, audace …sinon de provocation jusqu’à entrer dans la maison pour marquer concrètement leur territoire ! Une fois la chose déposée, ils ressortent avec naturel et satisfaction.

Dernièrement, j’en aperçois un. Tout petit. Tassé, immobile au loin ... Tentant mais en vain de s’envoler. Il reste là longtemps. Très longtemps. Que faire s'il meurt sur place ? Mon sang se glace. Je scrute … toujours de loin. Il ne décolle pas ? Une aile semble frémir … Mon Dieu, que faire ? Impossible de m’avancer pour voir de près ce qui se passe. J’attends. Je surveille mais il ne part pas.

Alors je téléphone à mon voisin. Ce n’est pas la première fois que je le sollicite ! Un oiseau est bien trop souvent entré dans la maison ! Il arrive gentiment et parcourt le jardin, cherchant du regard un oiseau blessé.

 

  • Où est-il donc ton oiseau ?

  • -Là-bas, au pied de l’arbre.

  • Je ne vois rien … et ... perplexe, un brin moqueur et incrédule …. ramasse une grosse feuille brune séchée tombée de l’arbre.

  • Le voilà ton oiseau ! Une pauvre feuille morte … inoffensive …

Merci l’ami. Le ridicule ne tue pas mais ne pas le faire remarquer renforce l’amitié. Appréciable et rassurant.

Merci l’ami … jusqu’à la prochaine fois ?

 

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