La Grisette.

 

 

La Grisette.

 

Au 19è s., avec la grande révolution industrielle du textile en Grande Bretagne, puis en France, les femmes peu fortunées, seules ou non,  s'engagent dans des ateliers de couture, pas toujours très propres, pour ne gagner que quelques sous par jour. Souvent vêtues de gris, moins salissant.

 

Beaucoup d'adolescentes y trouvent leur émancipation dans l'urbanisation qui les appelle des campagnes vers la capitale. Bien que leurs journées de travail soient épuisantes (14 h. par jour) et rentables pour la mode en plein essor, les brodeuses, couseuses, gantières, tisseuses, repasseuses et enfin blanchisseuses travaillent pour une trentaine de francs par mois. Seul jour de repos, le dimanche. La plupart de ces jeunes filles sont pourtant grisées par l'atmosphère parisienne.

 

Si les mères de famille n'ont pas assez du dimanche pour accomplir toutes les tâches ménagères, les jeunes célibataires se précipitent dans les guinguettes pour s'y amuser. Se griser. S'étourdir mais aussi saisir la chance d'une éventuelle rencontre qui pourrait changer leur destin déjà tracé de femme du peuple.

 

Dans les " guignuettes* au bord de l'eau " comme dit la chanson, sur les bords de la Marne, place du Tertre à Montmartre, se retrouvent les artistes fauchés ; peintres, poètes, musiciens, écrivains, sculpteurs cherchent un joli modèle peu farouche contre ... quelques sous ... et plus ... Là, les grisettes évoluent et minaudent de moins en moins effarouchées, parfois effrontées, souvent faciles ...

 

Tout cela n'est pas nouveau.  La Fontaine a déjà écrit au 17è :

 

" Sous les cotillons des grisettes

Peut loger autant de beauté

Que sous les jupes des coquettes."

 

Quoiqu'il en soit, la grisette fait la une des revues, s'expose sur une affiche, inpire romanciers et chansonniers, fait le bonheur de la gent masculine qui aime son impétuosité, son agilité et ses douceurs de chat**, son babillage primesautier et rieur évoquant la  fauvette, d'ailleurs appelée aussi grisette. Curieux comme son chant a une tonalité nasale et râpeuse ... un peu comme la gouaille de la petite ouvrière parisienne ...

Image : ebird.org

Fauvette grisette babillarde.

 

La grisette séduit donc la gent masculine de tout milieu social toujours prête à s'encanailler et pourquoi pas à l'entretenir pour le plaisir de "sortir" une jolie jeune femme pétillante quand bien même elle n'était, il y a peu, que blanchisseuse ou petite marchande de fleurs installée rue Royale et peinte par Louis Marie de Schryver en 1898.

 

 

Capture d'écran

 

Les artistes romantiques les ont immortalisées dans leur art.

 

Image : routard.com/photos/paris

 

Grisette de 1830, "Petite vendeuse de fleurs"

sculptée par Jean Descomps en 1911.

 

Square Jules Ferry (10è ar)

 

La grisette ? C'est aussi un papillon rapide et discret, de plus en plus présent en Europe avec le réchauffement climatique.

 

Image : wikipedia.fr

Grisette ou Hespérie de l'alcée.

 

La grisette ? C'est un champignon comestible bien que peu goûteux.

 

  • Image : atlas-des-champignons.com
  •  Grisette ou Amanita vaginata

 

Les grisettes ? Ce sont des bonbons au miel et à la réglisse que Montpellier aurait créés au Moyen-Age.

 

Image : lebonbonaupalais.com

Grisettes de Montpellier (F)

 

* Dans les guinguettes au 19è s., buvait-on déjà La Grisette, bière belge de blé, peu alcoolisée donc légère, fruitée et destinée à désaltérer sans danger les mineurs du Hainaut ? Cette bière d'été bien fraiche est toujours  très appréciée.

 

** Une chatte est parfois baptisée Grisette en raison de la couleur de son pelage à moins que ce ne soit un clin d'oeil aux mines câlines de la grisette parisienne. Et peut-être une jeune chatte grisette aurait-elle pu remplacer notre Pompon ?

 

 

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