Les bouquinistes parisiens.

 

 

 

 

 

 

Les célèbres boites en fer remplies de « bouquins », dans lesquelles le parisien adore fouiner sur les quais des deux rives de la Seine, sont mondialement connues. Et si les bouquinistes parisiens sont toujours là de nos jours ce n’est pas faute d’avoir été la cible des politiques au cours des siècles précédents.

 

En effet, ils étaient censés diffuser des textes subversifs parfois interdits par la censure, des pamphlets et autres ouvrages jugés, à tort ou à raison , corrosifs.

Les lettrés, les gens de lettres, souvent peu argentés, trouvaient toujours une bonne « feuille » pour quelques sous, ce qu’ils ne pouvaient se procurer chez les libraires. Ceux-ci en étant fort courroucés faisaient tout leur possible pour mettre fin à une telle concurrence.

 

Tout commence environ un siècle après l’invention de l’imprimerie et se poursuit dans un joyeux bric-à-brac jusqu’à la construction du Pont Neuf, sous Henri IV, en 1607*.

 

Là, les « revendeurs d’invendus » ont l’autorisation de « parer le Pont Neuf » comme on disait alors. Or, une décision de 1649 les chasse de ce royal passage au prétexte qu’ils déshonorent la  « vraie » littérature.  Pied de nez au régime, La Fronde les utilise ouvertement pour diffuser des « mazarinades » et autres chansons et pamphlets bien sentis.

 

Et tous les impécunieux s’y retrouvent évidemment

et font marcher les affaires !

 

Le dernier rebondissement de leur existence mouvementée se situe sous le Baron Haussmann désireux de rendre aux quais leur noblesse. Pour lui, ces "revendeurs de vieux papiers" seraient très bien à l’ancien Marché aux volailles, quai des Grands Augustins !

 

Un tollé s’élève dans Paris

 

et

 

l’idée est classée sans suite.

 

 

 

 

 

 

Mais pourquoi les appelle-t-on 

 

bouquinistes ?

 

On pense que le mot allemand Buch, livre, a été transformé par les hollandais en  boekin.

Quant au français, il a utilisé boekin en prononçant bouquin ... bouquiniste, bouquiner et bouquineur ont suivi.

 

En 2019, sur 237 concessions sous l’autorité de la Ville de Paris, 226 bouquinistes parisiens officient en tant que commerçants indépendants, micro-auto-entrepreneurs entièrement libres de toute contrainte horaire.

 

Ils se partagent une clientèle nombreuse qui non seulement fouine avec délice à la recherche d’une « découverte » mais qui fait aussi appel à leurs compétences historiques, littéraires, techniques ou artistiques, selon leur spécialité culturelle.

 

Le bouquiniste ne fait donc pas qu’accueillir le client, patiemment assis sur son pliant en proie aux intempéries et aux nuisances des pigeons.  Il est également en perpétuelle recherche de nouveaux documents, illustrations, livres répondant à la demande spécifique de sa clientèle qu’il traite généralement avec compétence et courtoisie.

 

Leur réputation est "vitale" pour leur entreprise.

 

* Au Moyen-Age les ponts parisiens, mais pas seulement, sont bâtis de hautes maisons à colombages dans lesquelles on s'éclaire à la chandelle de coton. Les incendies sont fréquents tout comme dans le reste de la capitale. Henri IV ordonne de recouvrir les maisons de plâtre. Quant à celles érigées sur les ponts, elles sont détruites quelques années plus tard.

Il n'est que de se souvenir de l'histoire rocambolesque de Grenouille, le héros du 'Parfum' de Patrick Suskind, pour avoir une idée de la vie quotidienne médiévale.

 

 

 

Image : www. google.fr

 

 

 

 

" La Cité et le Pont aux Meuniers."

Hubert Hoffbauer - 1839-1922

Musée Carnavalet. Paris

 
 

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