Terreur sur le Rio Paraguay
Terreur sur le Rio Paraguay

image : futura-sciences.com
Eau de soufre.
Terre de Sienne.
Ciel de cuivre.
Tout au long du fleuve,la vie s'écoule à l'indienne. Menaçante. Deux tupi-guarani font équipe, comme tous les soirs de chasse où ils dépècent les caïmans quand,soudain,éclate le claquement de la foudre.
L’orage dure une minute. Une minute sèche dont le branle-bas cosmique remet en question le chaos sournois de la lagune.
Poussés par un machiniste expert,les nuages glissent l'un derrière l'autre et les strates de suie étouffent l’incandescence solaire en une affolante métamorphose où les éclairs orangés de fin de jour soulignent les ténèbres profondes.
Le soleil a disparu.
L’étrangeté lunaire s’empare du marigot épais et l'enferme dans l’accouplement satanique d’Angoisse et de Prémonition.
La lune se fait haute et pleine. Son éclat trop vif nargue le Rio Paraguay où grouille une faune hypocritement assoupie. L’astre se joue de la lagune à l’aplomb du grand quaracha où vient de s'endormir Juanito, lourdement suspendu dans un hamac de lianes.
Son compagnon veille. C'est son tour de garde. Et, dans la jungle qui transpire, dans la jungle qui exhale effroi et mystère, dans la jungle liquide, et gluante,le tupi-guarani enfonce son couvre-chef crasseux jusqu’au buisson de ses sourcils.
Il suffoque. Enivré par les effluves puants.
L’homme et sa peur s’y confondent et s’y noient tandis que le pinceau acide de son regard balaie lentement l’alignement des gueules de bronze dont les yeux, épinglés sur le plastique verni des carapaces, grincent au balancier de l’affût.

melmelboo-voyage.fr
Hypnotisés les monstres ? Que non ! Survoltés dans l’attente qu’ils contrôlent mieux que l’homme. Excités par le moulinet de sa matraque.

image : ledauphine.com
La gent carnassière guette l'instant d'inattention fatale de l’homme aux jambes torses.

image :cnews.fr/monde
Il est seul. Seul à surveiller le butin de leur chasse. Seul, il ne le sait que trop. Seul sous la lune tavelée de griffures obscènes tandis que sous ses pieds la glèbe spongieuse ne demande qu’à l’avaler. Tout, alentour,confirme le péril.
La peur a pris possession du pescador qui tremble de la tête aux pieds.Il ne voit plus la lune trop bleue et qui ne voit que lui.Pestilentiels sont les filets de chair levés sur les bêtes dépecées et dont les peaux, jumelées bien à plat, ne sont que tumuli de valeurs sûres. Le fumet fétide de l’onéreuse graisse faisandée l’asphyxie tant qu’il en brûle son vertige d’une lampée de chicha.
Son regard injecté découvre soudain des légions vermillon de fourmis rouges qui s’élancent à l’assaut du butin. Leur hystérie vorace réveille son attention.
- Vite ! Arroser la précieuse chasse avant que la curée ne la réduise à néant.
Ce qu’il fait dans l’instant. Et dans ce même instant, et pour un instant seulement, l’armée rouge détourne sa boulimie vers une proie nouvelle : une sandale égarée. Une sandale, née de l’habile acharnement d’un couteau sur un pneu.
L’homme est aux abois car un autre danger se précise.
Les viscères sculptés de sang caillé appâtent l’armée des airs dont les premiers émissaires franchissent hardiment la distance qui les sépare de leur poste d’observation. Sous le faisceau devenu blanchâtre de l'astre maquillé de charbon, les charognards posent pesamment l’arc de leurs corps sur les moignons tordus de branches mortes. Ils regardent l'homme.
Ils attendent ...
images : oiseaux.net/oiseaux/vautour royal
Rien ne presse ...
...
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Contes fantastiques pour adultes. M.F. Arnold
Publibook - 2013.
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