Le parchemin.

 

 

Le parchemin.

 

 

Le parchemin* est utilisé pendant des siècles par les gens de loi et ce, jusqu'au début du 20è siècle ! Certaines études notariales -  et les archives locales - en possèdent encore à l'ère de l'informatique et des clés USB.

 

Presque toujours c'est une peau de mouton qui est choisie. Au Moyen-âge, les moutons sont très nombreux à paître autour des villes où travaillent les mégissiers**. Vu leur nombre, ils sont bon marché alors que les veaux, plus rares, sont chers. La  peau du veau, le velin, certes de très haute qualité est de ce fait  hors de prix et réservé à une élite.

 

Si le mouton est retenu pour son prix attractif, c'est aussi que sa peau est  sélectionnée  pour sa teneur en lipides qui la lubrifient naturellement, facilitant le travail du tannage. La peau de mouton se révèle fine, souple et imperméable malgré les difficultés relatives à l'entreposage à des époques où les lieux de conservation ne bénéficient pas de conditions optimales ou du moins satisfaisantes.

 

Parfaitement travaillée, la peau de mouton - et futur parchemin - est d'une finesse incomparable. Cette propriété est telle qu'il est alors absolument impossible d'effectuer la moindre râture et correction sur un texte sans que cela ne se voit aisément à l'oeil nu. Indispensable pour les actes juridiques officiels. Actes notariés ou royaux.

 

 

 

 

Image : wikipedia

 

 

 

Parchemin (63 x 50 cm) signé de Pépin le Bref par une croix. En bas, à gauche.

En 768, le roi fait donation à l'abbaye de Saint-Denis de la forêt d'Iveline près Rambouillet.

 

Enfin, la peau de mouton, transformée en parchemin impossible à falsifier, n'est donc jamais réutilisée, après grattage, sous forme de palimpseste***, comme il est d'usage dans les  abbayes par mesure d'économie.

 

La conservation de longue durée des actes juridiques est impérative. Elle élimine donc  le papyrus, trop cassant et fragile à enteposer. Il en est de même du papier - dès son invention -  gros absorbeur d'humidité et nourriture appréciée des rats.

 

La peau du mouton, tondu et dépecé, est portée chez le mégissier. Bien que parfaitement nettoyée et traitée par ce dernier, elle ne peut néanmoins se conserver en l'état et finit par pourrir. Intervient alors le tanneur qui la plonge dans des substances végétales ou minérales conservatrices.

 

 

 

 

 

 

 

Quartier du Châtelet - 1750.

 

 

 

Paris, ville de clercs et d'étudiants, a ses quartiers spécialisés. La mégisserie tout le long de la Bièvre (qui coule en surface) et  dans la rue Trop-va-qui-dure jouxtant la Vallée de la Misère, actuellement Quai de la Mégisserie. Les peaux traitées sont vendues aux parcheminiers de la rue de la Parcheminerie (5è ar.) qui font affaire, en 1273,  avec les scribes et écrivains, les juristes et les "intellectuels", professeurs et étudiants du quartier Sorbon****. Le Quartier Latin  où, disait Rabelais, " l'on parle plus un latin congru qu'un français incongru."

 

Le temps a passé. Les mégissiers de Paris ont disparu. Le parchemin est toujours prisé et ses emplois sont très diversifiés : restauration d'ouvrages anciens, reliure, luminaire, gainerie d'art dans l'ameublement, instruments, maroquinerie, bijouterie, etc... Le parcheminier contemporain pratique un métier d'art et participe au fonctionnement des cinq mégisseries et tanneries françaises en exercice.

 

 

* Parchemin vient de  pergamana ou "peau de Pergame".  On retruve cette "peau de Pergame" dès le 2è s. avant J.C. dans la Bibliothèque de Pergame, en Asie Mineure. 

 

** Mégissier est dérivé de l'ancien français : megeis. Le mégeis est un bain spécial très concentré qui détruit tous les  déchets et impûretés restés accrochés à la peau : laine et débris de chair.  La peau est  lavée dans un cours d'eau (à Paris, la Bièvre dans le 13è ar.) puis séchée et tannée.

Intéressant de noter que mégier vient du latin medicarer, soigner.

 

*** Un palimpseste est un parchemin réécrit plusieurs fois après en avoir gratté les textes  précédents.

 

**** Robert Le Sorbon fonde la Sorbonne, au 13è siècle, ainsi que les "collèges" ou maisons de locations de chambres pour étudiants provinciaux ou étrangers sous la surveillance du concierge, le bedeau.

 

 

Les parchemins consignant des actes juridiques en attente de jugement, ou jugés définitivement,  sont classés  et archivés de manière différente.

 

Les parchemins anciens sont actuellement conservés dans des conditions strictes de  luminosité et hygrométrie, ce qui n'est pas forcément le cas des manuscrits de Tombouctou,  heureusement soumis à la sécheresse de l'air.

 

 

 

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