Le Rouleau des Morts.

 

 

Le Rouleau des Morts.

 

 

Image : archives.haute-vienne.fr/

 

" Rouleau des morts " de l'Abbaye de Solignac (87110)

 

 

Image : wikipedia.fr

Abbaye de Solignac fondée en 631 sous le règne du roi Dagobert.

 

Le haut Moyen-Age n'a pas l'heur de transmettre les nouvelles par des moyens rapides. Lors d'un décès dans un monastère ou une abbaye*, un moine messager parcourt les routes du royaume sur sa mule. Il est porteur d'un Rouleau des Morts, un parchemin ** sur lequel  un scribe a inscrit le nom, la qualification et la date du décès d'un moine.

Le messager rend visite à toutes les abbayes et grandes églises du royaume où d'autres scribes mentionnent à leur tour des hommages, des regrets ainsi que les prières qui ne manqueront pas d'accompagner le défunt. Abbayes, monastères et églises sont très nombreux dans le royaume. Le parchemin initial est vite rempli. Un autre est cousu à la suite, si bien que le document s'allonge au fil du parcours jusqu'à s'enrouler sur un rondin en mesurant plusieurs mètres.

 

C'est " Le Rouleau des morts."

 

L'assemblage cousu de plusieurs feuilles de parchemin est couramment appelé un volumen. Il est très longtemps utilisé dans les campagnes jusqu'au 14è s. en tant qu'archives judiciaires.***

 

 

Image : wikipedia.fr

 

 

Quant au Codex, il rassemble ces mêmes feuilles de parchemin sous forme de cahier.

 

Image : le-dictionnaire.com/

 

Les Codex sont nombreux. Ce sont des ouvrages qui traitent d'un thème particulier. Toutes les disciplines sont représentées au cours du temps, tant en Europe qu'au-delà des mers. Certains sont très anciens.

 

La nécrologie médiévale s'inspire-t-elle de l'Egypte antique qui réalise Le Livre des Morts dont le titre exact est  Le Livre pour sortir au jour. Il comporte les formules funéraires adéquates pour quitter rapidement affres et tenêbres de la mort et rejoindre la lumière de l'Au-delà.

 

Image : google.com

Papyrus égyptien d'incantations.

 

Le scribe les inscrit sur des rouleaux de cuir, plus souvent de papyrus, indiquant au défunt, à qui il est destiné, les formules d'incantation qu'il doit pratiquer  pour quitter le monde souterrain.

 

Image : wikiwand.com

Scribe acccroupi trouvé dans une tombe.

 

Musée du Louvre.

Afin d'être certain qu'il ait accès à ces formules incantatoires, elles sont enfermées dans son sarcophage**** au plus près de son corps et parfois même inscrites directement sur les bandelettes de sa momie. Il ne peut les ignorer. Il est alors assuré de devenir, dans l'Au-delà, un être capable d'affronter et le monde des morts et celui des vivants, d'intercéder en leur faveur à moins qu'il ne veuille  leur infliger des représailles vengeresses et douloureuses.

 

 

* Le terme d' « abbaye » n'apparaît qu'au 10è s. lorsque Saint-Benoit fonde l'ordre de Cluny et définit l'organisation d'une abbaye ainsi que celle d'un monastère. Un monastère ne peut donc dorénavant être élevé au rang d'abbaye qu'en appliquant la règle de chaque ordre.    

 

** La peau animale, qui deviendra parchemin utilisé par les moines, les enseignants du Quartier Latin et les clercs de justice, est collectée et traitée à Paris sur les bords de la Bièvre où s'élève, aussi connu que malodorant, le Pont aux Tripes. Elle est aussi travaillée dans La Vallée de la misère (Quai de la Mégisserie) - lieux d'intense activité qui empestent en plein coeur de la capitale.

Les peaux traitées et séchées sont ensuite acheminées vers la rue de la Parcheminerie où elles sont découpées, calibrées et vendues. 

 

*** Le mode de conservation précautionneux des archives judiciaires est à l'origine d'une expression courante, l'affaire est dans le sac.

 

**** Avant de déposer un défunt de haut rang dans un sarcophage, ses viscères sont retirés et conservés pieusement dans des vases canopes.

 

 

 

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