Villages en rond.

 

 

Villages en rond.

 

Image :survoldefrance.fr

Village de Gruissan (Aude)

 

Depuis toujours l’homme vit en communauté. Besoin de protection et de partage de nourriture. La notion de propriété individuelle ne semble pas l'effleurer.

 

Pas encore !

 

A partir du moment où il se sédentarise, un habitat devient nécessaire. Il est en branchages, en bois puis en pierre ce qui lui permet de se protéger efficacement de la pluie, du vent et des prédateurs de toutes sortes.

Selon la région où il se trouve, l’homme choisit de préférence une butte pour y bâtir une sorte de tour en bois. Si la région est une vaste plaine, alors il construit une motte de terre surélevée.  Il lui faut surveiller aisément et constamment les alentours. S'isoler de la pluie et de la boue.

 

Le regroupement humain est de taille diverse. S’il est important, le chef habite une tour qui deviendra château fort, tandis que les autres membres de la communauté demeurent autour de ce lieu qu'ils protègent.

 

Lorsque vers les 9è et 10è siècles, l’Eglise toute puissante domine la société, y compris les gouvernants, elle bâtit ses édifices au centre d'un habitat qui tout naturellement s'agrandit et gravite au plus près  pour se mettre sous la protection divine. Ainsi naissent les villages ronds et dans le Languedoc, on les nomme  circulades.

 

Image : cathares.org/

Circulade de Bram.

 

A Bram, dans l'Aude, les maisons mitoyennes, bien alignées et légèrement incurvées, épousent  la direction des ruelles (dans certains villages, elles sont parfois en escaliers), qui se dessinent en cercles concentriques autour de l’église gothique Saint-Julien et Basilisse, construite au tout début du 13è s. sur un édifice cultuel plus ancien.

Aucune ouverture dans les murs ne donne sur l’extérieur du village.

 

Au centre, ou sur le sommet de la butte si tel est le cas, le puits, source de vie, est alors en sécurité. La raison en est évidente : protéger l'eau, indisensable à la survie, contre les invasions de soldats ou de pillards. Et elles sont nombreuses.

 

En Occitanie, le village de Bram est une merveille du genre avec ses trois cercles de ruelles qui enserrent l’Eglise.

Si la circulade de Bram est  relativement récente (12è - 13è s.),  un village existe déjà à l’époque où les Romains exploitent la région. En effet, Jules César écrit que les Volques Tectosages, mercenaires celtes d’Asie mineure, sont arrivés au 3è s. avant J.C. pour s’installer dans la vallée de la Garonne. Ce vicus s’appelle Eburomagos*.

 

Une dalle du 4è s. atteste bien l’existence du vicus Eburomagus, situé dans une vaste plaine  (magos) où se tiennent d’importants marchés de vins et de poteries sigillées, à vernis rouge, fabriquées** dans le village même et ses alentours. L'importance du vicus est attestée par la présence d’un temple, de thermes et d’un théâtre que des fouilles archéologiques ont confirmés.

Image: wikipedia.fr

Dalle en marbre de l'époque romaine. Découverte en 1969, elle porte la dédicace attestant de la présence du vicus Eburomagus.

 

Au 12è s, le village accueille un Seigneur dont le château  affronte sa  puissance à celle de l’église.

Les Huguenots envahissent Bram à la fin du 16è s. et s’approprient l’enclos seigneurial après avoir repoussé les catholiques de la Ligue.

Au 18è s., on atteste la présence du  dernier vestige de ce château seigneurial, une tour qui sert de prison. Un nouveau château est construit par la famille de Lordat qui conserve son droit seigneurial jusqu’à la Révolution de 1789.

 

* Magos, en gaulois, signifie plaine où s’installe en général un marché. Eburo est l’if. Eburomagos : le marché de l’if. Bram, qui est d'abotd Brom, peut donc être la contraction de ces deux termes.

Image : wikipedia.fr

  Bram  - Aude - 11000 - Occitanie.

** Un Musée de l’Archéologie regroupe de nombreux objets témoignant de la richesse de la région de la Préhistoire à la fin du  Moyen-âge et en particulier des poteries, sigillées ou non, de l'époque romaine.

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Image : wikipedia.fr

Musée archéologique de Bram.

 

Les colons Romains se construisent des villas dans lesquelles on utilise de la vaisselle en céramique fine dont la fine pellicule d'argile est très riche en oxyde de fer. Lors de la cuisson à four ouvert, la céramique se vitrifie en se recouvrant d'un vernis rouge plus ou moins foncé et imperméable.

Selon sa fonction, la poterie est unie ou ornée de décors en relief. Rapportés, moulés ou imprimés. Parfois d'inspiration mythologique.

Image : ladepeche.fr/

Céramique sigillée et poinçons

de la Gaule romaine (Gaufresenque).

La vaisselle des grandes familles porte  le sceau du propriétaire, en latin, sigillum, d'où le mot sigillé. Elle correspond à des utilisations spécifiques : préparer, cuire, servir, consommer.

Les liquides comme  le vin, l'huile, l'eau sont  conservés au frais dans des amphores. Afin de maintenir la fraicheur des liquides, la poterie doit demeurer "nature" afin que les échanges de température s'effectuent à travers ses parois.

 

Image : google.fr/

Amphores du Musée archéologique de Bram.

L'Occitanie compte de très nombreux villages en rond ou circulades. 58, de tailles diffrentes,  sont répertoriés dans 6 départements.

L'un d'eux, fut le berceau du peintre Achille Laugé, peintre post-impressionniste décédé à Cailhau en 1944.

 

 

 

 

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