L'eau du bain !
L'eau du bain !
ou
comment "Jeter bébé
avec l’eau du bain" ?
Chacun sait que le 15è siècle* européen a un rapport particulier avec l’hygiène !
Le bon peuple prend un bain une fois dans l’année, quand la température extérieure remonte. L’honneur d’y entrer le premier est réservé au chef de famille. Viennent ensuite ses enfants mâles puis les hommes de la maison y compris les domestiques. Mâles, bien entendu. Les femmes entrent dans le cuveau en dernier et l’eau n’a pas été changée !
Lorsque le mois des mariages approche, de préférence juin parce que très proche de ce bain-lavant annuel, la mariée qui, en tant que femme, se plonge dans une eau passablement trouble, n’en ressort pas très propre. Pas très parfumée non plus et sa naturelle odeur de jeunesse a certainement dispararu au profit des odeurs collectives.
Le jour des noces arrive. Pour affronter l’heureux élu, si cela n’a déjà eu lieu dans les buissons ou au pied d’une meule de foin, on lui offre un bouquet. Très odorant, puisque la coutume veut qu’il soit composé de « fleurs d’oranger » au parfum puissant.
D’où la coutume du "bouquet de la mariée" qui reste toujours une institution de nos jours et dont ignore l’origine.
Quand la famille "élargie" s’est bien lavée et récurée, c’est le tour des enfants, par ordre décroissant. Les tout-petits, les bébés, pataugent et disparaissent dans un liquide opaque. L'eau, qui a sans doute diminué et refroidi n'est pas changée. Il suffit d'en rajouter de la chaude. Elle est devenue si épaisse qu’on peut très bien, si l’on n'y prend garde, vider le cuveau et tout ce qu’il contient.
En un mot,
jeter le bébé avec l’eau du bain !

Image : department06.fr
L'expression apparaît pour la première fois chez un écrivain allemand au tout début du 16è siècle :
" Das Kind mit dem Bad ausschütten ".
Elle est reprise par un anglais germanophile au 19è et nous en héritons en France au 20è siècle. Très à la mode actuellem:ent, elle signifie refuser d'une proposition, ou d'une situation, tous les aspects négatifs autant que positifs, même si ces derniers ne sont pas négligeables et parfois plus importants !
Perdre de vue l'essentiel en rejetant toute contrainte qu'il pourrait impliquer.
* A cette époque, l'hygiène fait montre d'un usage parcimonieux de l'eau, à moins que ce ne soit un partage de plaisirs. La bonne société médiévale n'hésite pas à mêler le bain-spectacle à une gastronomie inventive où les épices signent la notoriété du Maître.
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Cette expression est une traduction littérale relativement récente (XXe siècle) de l'anglais "to throw the baby out with the bath water".
Mais en réalité, les anglais l'ont eux-mêmes empruntée à l'allemand où elle apparaît dans la littérature en 1512 (un poil avant la bataille de Marignan) sous la forme "Das Kind mit dem Bad ausschütten".
Ce n'est qu'à la fin du XIXe siècle qu'un historien anglais germanophile, Thomas Carlyle, l'utilise dans un de ses écrits après en avoir souvent entendu la version allemande.
De là, elle se répand chez nos amis d'Outre-Manche avant que quelqu'un ayant apprécié l'image du pauvre bébé jeté aux égouts ne la transpose chez nous.
Elle signifie « rejeter en bloc quelque chose de négatif, sans tenir compte de ses aspects positifs ».
* Le moyen-âge mêle allègrement toutes sortes d'activités très nobles par ailleurs ! Le cuveau du bain n'est pas obligatoirement à usage individuel, "économie" oblige à moins que ce ne soit "plaisir" ou encore "spectacle". En témoigne cette illustration évocatrice !
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