La Cour des Miracles à Paris

 

La Cour des Miracles

 

à Paris

 

Un no-man's land très spécial !

 

 

Des passages boueux, encombrés de détritus entre des cabanons vermoulus et de guingois d’où sortent cris avinés et jurons, signent une des Cours des Miracles la plus célèbre du Paris médiéval. Elle jouxte les Halles en Champeaux et le Cimetière des Innocents*, adossée au mur d’enceinte de Philippe Auguste. Pauvreté, chapardage, rixes signent la vie des faux miraculés bien organisés et servilement soumis au Grand Coësre, craintivement  appelé  le Patron ou l’Argotier**. Son langage n’est compréhensible que de ses ouailles corvéables à merci et qui rapportent quotidiennement la manne qui l’enrichit sans vergogne !

 

De très nombreuses familles s’y entassent dans des conditions d’hygiène à faire frémir. Parfois plusieurs centaines ! Lieu de non droit. Lieu où jamais sergent de la Prévôté de Paris n’y engage ses guêtres, prudence oblige. Pas tant pour les chaussures que pour la vie. Taxes municipales non perçues ? Tant pis. C'est une royauté fermée qui refuse l'impôt. Par contre, tous les habitants de la Cour paient leur redevance au Grand Coësre. Trésorier qui ne fait pas de cadeau ! Marchand de sommeil avant l'heure ?

 

 

                                                         Image : sous-les-paves.com                                          

La Cour des Miracles fait concurrence à la prostitution de la rue du Cygne ou de la rue Brise-Miche, à la rapine de la rue de la Grande Truanderie, au racolage du Cimetière des Innocents**.

 

Une fois bien "préparés", tous ceux qui seront les miraculés du soir, clopinent dans le quartier dès l’aube. Les Halles en Champeaux sont leur lieu de prédilection pour trousser la bourse d’une ménagère inattentive. A chacun sa spécialité. Etre plus ou moins bien mis évite la méfiance et facilite la tâche.

 

 

 

Image : sous-les-paves.com

 

 

Au Cimetière des Innocents, le sabouleux***, ou faux épileptique simulant une crise, fait fondre de compassion les nounous ou braves mères de famille qui surveillent les enfants jouant aux quilles. Le cul-de-jatte, jambes repliées et liées dans son grand froc, apitoie et récolte lui aussi  quelques sous tandis que l’unijambiste défiguré et scrofuleux, le bras tendu sur sa béquille, pleure en réclamant l’aumône. Mendiants et  larrons de toutes sortes pullulent dans le quartier ... sauf aux alentours du Grand Châtelet !On ne se frotte pas de trop près aux sergents ...

Tandis que les jongleurs narquois occupent les badauds, les polissons malins chapardent à tout va – habiles coupeurs de bourses, précurseurs des pick pockets à qui le Diable ne fait pas peur du tout !

 

Quand la journée s’achève, chacun s’en retourne à la Cour. Remet son pécule à l’entrée. L’Argotier a l’œil et compte. Non seulement l’argent mais le nombre d’entrants qui n’ont qu’une hâte, retrouver l’usage de leurs  membres  ankylosés  et  nettoyer tant bien que mal leurs fausses blessures ou abcès purulents. Le miracle s'opère !

 

Et quand tombe enfin la nuit, la Cour des Miracles et les rues alentour s’endorment : rues des Jeûneurs, Neuve-Saint-Sauveur, Montorgueil ... 

L'Argotier-Trésorier compte la recette de la journée qu'il placera demain chez les banquiers du Temple, à moins que ce ne soit chez les Lombards****, afin de la faire fructifier. Il n'y a pas de petit profit. Business is business ...

 

 

 

                                                                                                                                                                       

 

                                                                           

 * L'histoire du Cimetière des Innocents est longuement racontée dans "Petite et grande histoire des Catacombes de Paris". M.F. Arnold -

 

** L'Argotier, chef incontesté des pauvres hères, les argots, veille à l'organisation de ses escouades : narquois, sabouleux, malingreux, estropiés ou orphelins ... qui toutes  participent aux Etats Généraux de la Cour et respectent ses règles incontournables.

 

*** Le sabouleux se remplit la bouche de savon dont la mousse simule la salive. Le terme pourrait venir de sabouler, croisement probable de saboter (secouer) et de boule. Il se pourrait également qu'il vienne du terme arabe signifiant le savon, saboun. Ce qui semble plus plausible;

 

**** Les banquiers italiens, les Lombards, remplacent les banquiers templiers après le chute de l'Ordre du Temple.

 

 

 

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