Clouer au pilori ...

 

 

 

Clouer au pilori ...

 

Le pilori des Halles à Paris est dressé au 13è s. au débouché de la rue Pirouette* (déformation du nom Pétonnet-en-Tyroie, raccourci en Pirouet en 1501) sur le Marché aux poissons.  Endroit très fréquenté et malodorant où le pauvre Grenouille**, l'original héros parfumeur du 18è siècle, est abandonné   par sa mère, à sa naissance, au milieu des  têtes de poissons. A ces odeurs putrides se mêlent les relents méphitiques du Cimetière des Innocents tout proche - lieu très prisé de joyeuses rencontres conviviales de toutes sortes. Egalement lieu de rapine des malfrats de la Cour des Miracles du quartier Montorgueil voisin.

 

Au contraire du Gibet de Montfaucon, symbole de la haute justice royale pour les crimes de sang, le pilori expose à la vue du plus grand nombre, en plein marché, les coupables de délits courants ainsi que les commerçants indélicats qui ont triché sur le prix, le poids ou la qualité de la marchandise.

 

Il est bâti en pierre : au rez-de-chaussée vit le « bourreau » vêtu de rouge. A l’étage, abrité d’un toit pentu, de très larges ouvertures sont barrées de deux planches à hauteur d'homme.   Munies de trois  encoches semi-circulaires, elles se rabattent l’une sur l’autre pour y coïncer la tête et les mains du malfrat qui se tient debout.  Ainsi « cloué » au pilori  il est   exposé aux yeux de tous qui ne se privent pas de l’injurier ou lui lancer des légumes pourris.

Pilori des Halles à Paris : dessin de Louis-Charles Bernier - 1780

 

Amusant : la rue Pirouette ne semble pas être là par hasard ! En effet, le pilori tourne toutes les heures d’un quart de tour de manière à  ce que les malandrins soient vus de tous et  de n’importe quel endroit. Une pirouette en quelque sorte !

 

L'Ordre du Temple a  aussi son pilori dédié aux parjures et autres mal-pensants.

 

Le moyen-âge ne manque pas d'humour et n'apprécie guère les mines patibulaires !

 

 

 

Un autre pilori existe à l'intention des abbés indélicats près de la prison de l'abbaye de Saint-Germmain-des-près. (6è ar.)

 

 

 

En témoigne cette gravure originale signée A. ROBIDA dans « PARIS de siècle en siècle ». 1895.

 

* La rue Pirouette se prolonge vers le nord par la rue de la Petite Truanderie, elle-même débouchant sur la rue de la Grande Truanderie.

 

Qui s'y hasarde doit savoir ce qu'il risque !

 

** "Le parfum " de Patrick Suskind. Verlag – 1985. Livre de Poche n° 6425.

 

 

 

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