Bienheureux Dalaï Lama
Un esprit apaisé. Serein. Gorgé de paix, peaceful … le français n’a pas d’équivalent aussi parlant. Paisible ou apaisé ont une connotation différente ! Dommage.
C’est cette plénitude qui s’alimente et réalimente spirituellement sa philosophie. Dans un tel état d’esprit, la vie serait plus douce. Plus acceptable. Non seulement aux pauvres miséreux - comme dans la chanson - mais à tout un chacun. Y compris à ceux que le passé a abîmés. Le présent aussi d’ailleurs. Et le futur n’apporte aucun espoir. Il projette un désamour autour de soi où ne pétille aucune étincelle de paix, de joie aussi bien extérieure qu’intérieure. Combien ont le regard triste, déjà mort à la vie … bien que, tout au fond des cœurs, l’impatience d’une simple miette de bonheur trépigne dans le vide … où la paix est absente ?
Le Dalaï Lama, je l’ai rencontré lors de sa visite à Paris. Le thème prinipal qu'il a abordé avec sa conviction coutumière était : L'éthique mondiale à l'aube du 3ème millénaire.
26 septembre 2.000. Stade Charlety à Paris. Une chaude journée. Un ciel bleu sans nuage. Les gradins sont pleins face à l’estrade décorée de tentures rouge et jaune. Paisiblement assis, le plus célèbre des moines tibétains. Entouré de deux autres moines. Tout de rouge et jaune vêtus. Le DalaÏ parle lentement mais avec force et conviction. Le silence est poignant. Soudain, je suis distraite par un nuage rond, noir et lourd qui approche pas à pas. Il se pose au-dessus de l’estrade et laisse tomber une pluie dense et brutale. Diluvienne. Les projecteurs s’allument. On apporte de grands parapluies noirs aux gardes du corps déjà trempés. Les projecteurs s'éteignent. Le Dalaï parle toujours mais on ne l’entend plus.
Au bout de très longues minutes, la pluie cesse tandis que le nuage noir se métamorphose en un léger cumulus blanc qui s’effiloche peu à peu dans le ciel.
Les spectateurs sont muets. Sidérés. Bouleversés. Muets.
L’électricité revient et le Dalaï Lama parle toujours. Maintenant on l’entend … comme s’il venait d’ailleurs …
A la fin de son intervention, il est intensément applaudi. Chaque spectateur est muet d’émotion. Chacun a-t-il compris le message symbolique délivré par ce surprenant nuage noir – concentré de toute la misère morale de la capitale ? De toute ses vilainies. De toute la noirceur de ses envies, de ses excès. Le Dalaï Lama a « purifié » Paris pour un moment. Un moment seulement.
Les gradins se vident en un silence inhabituel. Et la surprise continue.
A la sortie du stade, sur le Boulevard Jourdan, il n’est pas tombé une goutte de pluie …
Le Dalaï Lama a tout concentré sur lui !
Ses auditeurs seuls devaient-ils comprendre … comme des élus ?