Les Vierges Noires.
Les Vierges Noires.
Aux temps anciens du paganisme, la statue d'une divinité n'était pas honorée en tant que divinité elle-même. La statue représentait une "image" dans laquelle résidait une minuscule parcelle d'une puissance (à forme humaine) qui dépassait celle de l'être humain. Cette puissance ne durait que le temps du rite, du rituel qui lui était consacré. D'où la nécessité de les pratiquer en permanence, de présenter des offrandes qu'en remerciement la déesse honorait de ses bienfaits.
Isis a sans doute été la Vierge Noire, naturellement noire par son origine, la plus connue et la plus vénérée. Dans l'Egypte antique mais aussi à Lutèce. Et peut-être même avant l'invasion romaine au 1er siècle. Portant sur sa tête le globe solaire posé dans un croissant de Lune, elle était le symbole de l'aspect lumineux mais aussi obscur du monde universel. La richesse nourricière de la Terre et son obscurité inquiétante et cachée.
Elle se targuait que personne n'ait jamais soulevé son voile ! D'où le respect, la crainte, le mystère. Les forces noires obscures opposées à la Lumière ? L'alchimie, la magie ... N'avait-elle pas cherché pour le reconstituer tous les morceaux de son frère et époux Osiris dont le propre frère, Seth, avait démembré le corps avant de le jeter dans le Nil ?
En Occident, les grandes divinités primitives qui se succèdent au gré des invasions possédaient aussi un dualisme universel évident. La nature humaine doit en avoir besoin ! Les Vierges* Noires chrétiennes en ont-elles hérité ? Une des premières représentations de la Vierge Marie n'était-elle pas à l'image d'Isis portant son fils Horus sur les genoux.
Mères, origines de la vie.

Image : paris-sortileges.fr
Isis et son fils Horus.

Image : matricien.wordpress.com
Vierge Noire chrétienne de Montserrat.
La Vierge Noire de Montserrat, en Catalogne, était liée à des rites de fécondité, sexualité et fertilité qui sont plus païens que chrétiens. Que la tradition perpétue la danse circulaire qui n'est pas sans rappeler les danses orgiaques est pour le moins étonnant pour une célébration qui se dit chrétienne !
Vierges Noires ?
Noires pour certaines par la nature du bois, puis probablement salies et noircies par les bougies et les onctions d'huiles des fidèles sur leurs visages et leurs mains. Les premières créations héritaient à l'évidence de la mémoire païenne et les statues païennes coexistèrent longtemps en tant que témoins involontaires. Une croyance ne s'efface pas instantanément. A la demande ! Les temples isiaques persistèrent aussi longtemps avant que des chapelles chrétiennes n'utilisent leurs fondations. Sur un lieu sacré on bâtit un édifice sacré !
Quant à la Vierge de Montserrat, taillée dans le bois à la fin du 12è s., appelée affectueusement en catalan Moreneta, la petite noire, on sait que pour peindre sa carnation du carbonate de plomb additionné de céruse fut utilisé. Or, le "blanc de plomb" vieillit mal et se transforme en plattnérite noire sans possibilité de retrouver la couleur d'origine.
La Vierge Noire porte presque toujours une couronne : en tant que Reine des Cieux. Son royaume est la Lune, les étoiles mais aussi le Soleil. Bref, le monde.
L'Eglise ne fut pas toujours d'accord !
Tenta avec prudence d'en limiter le culte sans pour autant éloigner les fidèles.
Il reste tout de même 500 Vierges Noires en France ...
La Déesse-Mère noire demeura dans l'esprit des lettrés, des érudits. Au tournant du 5è - 6è s., quand son culte périclita en Egypte et en Europe, les Vierges Noires supposées chrétiennes, mais reflétant vraisemblablement les anciennes croyances, n'étaient pas rares. Certaines sont encore célèbres comme la Vierge Noire de Rocamadour et encore celle du Puy-en-Velay. Celles-ci parmi tant d'autres.

Image : webcompostella.com
Notre-Dame de Rocamadour - Dordogne - F.
La statue de Roc-Amadour date du 12è s. et l'on ignore toujours pourquoi elle a noirci après avoir été polychrome.
Quant à celle de Saint-Germain-des-Prés à Paris, vénérée pendant des siècles et entourée de cierges et de lampes à huile en permanence, elle n'était autre que la statue d'Isis elle-même qui avait survécu à la destruction de l'abbaye, elle-même élevée sur son propreTemple. Confondue par les fidèles avec la Vierge Marie jusqu'à ce qu'elle soit abattue comme usurpatrice !
" Jusqu'en 1514, où elle est abattue, veille une statue d'Isis, maigre, haute, droite et noire, pour son antiquité, nue sinon quelque linge autour de ses membres, située contre la muraille du côté septentrional de l'église Saint-Germain-des-Prés ... " dit l'Abbé de Breuil.**
* On appelait « Vierges » les anciennes prêtresses de la Lune. Une Vierge était une femme qui n’appartenait à aucun homme – elle était donc une « femme entière ». Vierge vient du latin virgo, force, habileté. Qualités qu'on peut facilement retrouver chez les déesses païennes !
** L'Abbé de Breuil publie en 1639 Le Théâtre des Antiquités de Paris dans lequel nous retrouvons les survivances païennes.
Isis, la parisienne, est depuis toujours omniprésente dans l'Histoire de notre capitale.
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