Les prisonniers et le grillon.

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans une grande ile lointaine, Madagascar, vit une tribu guerrière.

 

 

La tribu des Baras.

 

 

Image : mada-voyage-nature.com

 

 

Son chef est cruel. Il jette ses prisonniers dans une fosse profonde sur des cailloux noirs et coupants.

Les malheureux sont liés, les uns aux autres,  par les mains et les pieds.

 

 

Le soleil vous grillera tous,

 

hurle le chef,

 

brandissant sa lance.

 

 

 

 

 

 

 

Photo : "Provinces malgaches" de Philippe Oberlé.

 

 

 

 

 

 

Un jour que le soleil brûle plus encore que de coutume, les prisonniers ont une visite.

 

Une visite discrète ...

 

 

Un grillon 

qui scintille  sous le soleil comme de l’or.

Un grillon qui passe et repasse

entre les hommes intrigués par tant d’insistance.

 

 

 

 

 

 

Le petit animal est pressé.

Il sait ce qu’il doit faire.

Sa tâche est longue et risquée.

 

Il se met au travail.

Il s’active,

va de l’un à l’autre sans perdre un instant .

 

 

 

 

 

 

 

Il ronge.

 

Mordille les cordes.

 

Grignote sans boire.

 

 

Les hommes n’ont rien à boire ?

Alors il ne boira pas non plus. 

D’ailleurs il n’y a rien à boire

dans ce désert de cailloux, chaud comme l’enfer.

 

 

Après tout, il est heureux lui.

 

 

 

 

 

                                                                                                                                                                                                

Il est libre !

 

Le grillon s’essouffle. Le grillon transpire et des gouttes de sueur brillent comme du cristal sur ses ailes d’or.

 

Les hommes se meurent, écrasés de chaleur.

 

Les prisonniers soupirent mais restent immobiles. Ils ont deviné  le travail du grillon qui  tournoie comme un hélicoptère. Bourdonne.  S’active. Il s'énerve car sa mission doit être achevée avant la nuit ! Et la nuit tombe très vite ici.

 

 

Le garde somnole. Le chef ronfle.

Le grillon lime encore et encore.

 

 

 

 

 

 

 

 

Il s’épuise ... quand soudain une corde s’effiloche, puis une autre et une autre encore ... Les liens se desserrent, craquent en silence libérant enfin les mains prisonnières.

 

Libres,

 

murmurent-ils.

 

Nous n’avons pas rêvé !

Grillon bien-aimé, comme tu es fatigué !

 

Fatigué ?

 

Oh, surtout heureux, sourit le grillon qui s’envole, ivre de joie, en chantant  à tue-tête dans le ciel couleur de flamme qui signe le coucher du soleil.

 

La nuit est tombée.

 

Sans bruit ... les prisonniers s’évadent avant que la colère du chef ne rugisse en écho sur les falaises noires et coupantes de l’Isalo, très loin au sud de la Grande Ile.

 

Merci petit grillon !

 

Tu le savais,

 

on a toujours besoin d’un plus petit que soi.

 

 

 

 

gifsanimes.com

 

 

 

Marie-France Arnold

 

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